Cochons au seuil des maisons, loups aux portes de la ville, animaux exotiques captifs des ménageries, chevaux arpentant les rues, faune hantant les cimetières, rats et chats aux étalages de boucher, la cohabitation des animaux et des parisiens est une longue histoire…
Les fauves de Lutèce

Les romains capturent dans les provinces de l’Empire les bêtes sauvages destinées au spectacle du cirque. Les arènes de Lutèce accueillent dix-sept mille spectateurs avides de combats spectaculaires. Sangliers, ours, tigres et lions s’affrontent entre eux ou avec un gladiateur. L’homme est ramené à sa force bestiale. Ailleurs, dans les maisons de Lutèce, les animaux occupent une place importante. Certains sont destinés à nourrir la famille (bovins et ovins) et d’autres lui tiennent compagnie (chiens et chats).
Les cochons

Les cochons jouent un rôle essentiel dans l’alimentation. Économiques, ils se nourrissent de restes et de déchets, et leur viande est facile à conserver. Comme tous les animaux, ils errent librement dans la ville. Le jeune roi Philippe de France en est victime. En 1131, il se déplace dans les rues étroites de Paris lorsque son cheval percute un cochon. La chute est fatale, le souverain en meurt.
Les vaches

Les Parisiens consomment peu de lait jusqu’au 18ème siècle et la mode du café. De nombreuses vacheries s’installent dans la capitale au cours du 19ème. Elles causent des nuisances, telles la puanteur, les mouches…Les bêtes ne sont jamais sorties, sinon pour se rendre à l’abattoir. L’hygiène est absente des conditions de traites, et le lait transmet des maladies. La pasteurisation, inventée par Louis Pasteur en 1864, permet d’éliminer les bactéries en chauffant à haute température. Le lait peut désormais se conserver plus longtemps, et les vacheries se déplacent à la périphérie de la ville.
Les bouchers

La corporation des bouchers, créée au 12ème siècle, est l’une des plus anciennes. Ils jouissent de nombreux privilèges et seuls leurs fils peuvent leur succéder. Ils tuent, dépècent et découpent les animaux dans leur cour, générant pollution et puanteur, jusqu’à l’apparition des abattoirs au 19ème siècle. Les boucheries sont proches de la Seine, afin de faciliter le nettoyage et l’évacuation des déchets. L’animal flairant la mort s’enfuit parfois, répandant la terreur dans les rues.
Les abattoirs

En 1810, les abattages dans les cours de bouchers sont interdits, et un décret ordonne la création d’abattoirs en périphérie de Paris. Ceux de Vaugirard ont conservé leur portail d’entrée ainsi que plusieurs bâtiments reconvertis. En 1840, le Baron Haussmann décide de concentrer les opérations sur un seul site avec la construction des abattoirs de la Villette. Les bestiaux sont alors acheminés par train vers une gare spécifique afin d’éviter la déambulation dans les rues. Depuis 1974, la mise à mort des animaux n’a plus lieu dans Paris et la viande arrive directement à Rungis de province ou de l’étranger.
Les loups

Les loups sont une menace pour les Parisiens durant les périodes de famines, d’épidémie ou de grand froid. Ils déferlent en meutes, s’introduisent par les failles des fortifications, et sèment la terreur. Attirés par l’odeur des cadavres, ils envahissent les cimetières pour les déterrer. Les enfants et les vieillards, plus vulnérables, sont les premières victimes. Des récompenses sont offertes aux chasseurs et les dépouilles sont exhibées dans la ville. Une attaque particulièrement violente a lieu au 15ème siècle, tandis que la guerre de Cent ans fait rage. L’église associe le loup à la figure du démon, et les contes et légendes l’évoquent.
Les rhinocéros

En 1749 les Parisiens découvrent à la foire de Saint-Germain-des-Près une femelle rhinocéros du nom de Clara. Elle appartient à une hollandais qui l’exhibe à travers l’Europe. En 1770, un mâle baptisé Praslin est offert par le gouverneur des Indes à Louis XV. Il endure un voyage en mer de neuf mois avant d’arriver à Versailles. Assimilé à la monarchie, il reçoit un coup de sabre par les révolutionnaires, avant de mourir de faim dans la ménagerie royale.
Les ménageries royales

Les rois de France ont dès le moyen-âge le désir de s’entourer d’animaux exotiques. Le Palais de l’île de la Cité, puis le Louvre, possèdent une ménagerie et une volière. Les animaux sont transférés à Versailles sous Louis XIV. La plupart sont capturés dans les colonies. D’autres sont offerts par les souverains étrangers, telle la tigresse du sultan du Maroc. Plus récemment, en 1973, la chine fait cadeau d’un couple de pandas géants au président Pompidou.
Le jardin des Plantes

En 1791, une ménagerie est créée au Jardin des Plantes. Elle doit accueillir les animaux sauvages errant dans Paris, et les derniers survivants de la ménagerie de Versailles. Elle ouvre au public en 1794 avec un objectif pédagogique. Un muséum d’Histoire Naturelle lui est associé. Une autre ménagerie est installée en 1860 au Jardin d’acclimatation. Le zoo de Vincennes est inauguré en 1934.
Le zoo de Vincennes

Une exposition d’animaux exotiques est organisée à l’occasion de l’Exposition coloniale de 1931. Son succès populaire conduit à la création du zoo de Vincennes. Un gigantesque rocher en béton en devient l’emblème. Les fossés sont préférés aux barreaux. Une rénovation importante a lieu en 2000, les dernières cages sont remplacées par des vitres, et le nombre d’animaux diminue au profit de la surface végétale.
Le commerce des animaux

Longtemps la vente de bétail et de volailles se fait dans l’espace public et perturbe la circulation. Napoléon, soucieux de moderniser la capitale, ordonne la construction d’un vaste marché couvert. Au 20ème siècle, les animaleries sont nombreuses. Elles vendent des animaux domestiques, oiseaux, chiens, chats et poissons, rongeurs, parfois des reptiles. La loi de 2021 luttant pour la maltraitance animale les condamne à la fermeture définitive.
Les chevaux

Les chevaux ont longtemps assisté l’homme dans ses diverses tâches, locomotion, guerre, travaux des champs. À Paris ils remorquent les bateaux le long des quais. Leur usage se développe considérablement au cours du 19ème siècle avec la naissance des transports en commun. Apparaissent les omnibus et les tramways, avec des itinéraires fixes et affichés. Après la première guerre mondiale, la mécanisation automobile rend les chevaux progressivement inutiles. De plus le prix du terrain et le manque d’espace ne permet plus de maintenir des écuries . En 1966, le dernier propriétaire parisien de chevaux, Henri Magne, est exproprié. Les seuls qui restent dans la capitale sont ceux de la garde nationale et de l’École Militaire.
Les spectacles animaliers

Les carrousels et les parades, importés par la reine Marie de Médicis au 17ème siècle, soumettent les chevaux à une chorégraphie rigoureuse. Le plus célèbre est donné sur la Place Royale à l’occasion du mariage de Louis XIII, devant soixante-dix mille spectateurs. Au 19ème siècle, les courses hippiques deviennent le divertissement favori des Parisiens. Les combats d’animaux, sanglants, sont prohibés en 1833. Les numéros de cirque mettant en scène des fauves seront interdit par une loi en 2028.
Les habitats insolites

Le cimetière du Père Lachaise, vaste zone préservée du bruit et de la pollution, héberge de nombreuses espèces, telles que chauve-souris, hérissons, renards, pic-verts. Les oiseaux peinent à trouver des arbres et font leurs nids dans des gouttières ou des cheminées. Les mares artificielles des jardins publics servent d’abris à des canards, crapauds ou hérons.
Les procès d’animaux

Longtemps les animaux sont considérés comme des êtres dotés d’une morale, et donc responsables de leurs actes. Des cochons et des chevaux sont condamnés à mort et leur propriétaire à des amendes pour avoir agressé des Parisiens. Jusqu’à la Révolution, des cas fréquents de zoophilies sont attestés; la sentence est toujours la mort, l’exécution de l’animal précédant celle de l’humain et se déroulant sous ses yeux.
Le carnage de 1870

En 1870, durant quatre mois, Paris est assiégé par les troupes prussiennes et la famine sévit. Les animaux les plus précieux du Jardin d’acclimatation ont été évacués auparavant vers la province. Ceux du Jardin des Plantes sont vendus aux enchères aux plus fortunés; deux éléphants sont ainsi réduits en boudin. Les Parisiens se résignent à manger leurs chevaux. Les boucheries vendent des chats et des chiens. Un marché aux rats se tient devant l’Hôtel de Ville; l’animal aurait selon les chroniques de l’époque le gout de porc et de perdreau. Les corbeaux et les moineaux n’échappent pas au massacre.
Les chats et les chiens

Les chiens sont présents dans la capitale dès le Moyen-Âge. Ils sont utilisés pour la chasse et la garde. Au début du 17ème siècle apparait la vogue des espèces canines minuscules, que les dames portent dans leur manchon. Les chiens parisiens sont aujourd’hui nombreux, et suscitent un problème d’hygiène. Les « motos-crottes » entrent en usage en 1982; le coût élevé supporté par tous les parisiens, et le manque d’efficacité, mettent fin au service en 2004. Les propriétaires de chiens ont désormais le devoir de ramasser les déjections, sous peine d’une amende de cent-trente-cinq euros. Les chats sont introduits en France au début du 17ème siècle par un savant depuis l’Orient. Ils font l’objet d’un véritable engouement au 18ème siècle. Certains maîtres excentriques les habillent de fourrure et de soieries.
Le salon de l’agriculture

Un concours agricole annuel est créé en 1870, afin de récompenser les meilleurs produits et animaux du territoire français. Il se tient aux Champs-Élysées, avant d’être déplacé Porte de Versailles en 1925. Le salon de l’agriculture, héritage du concours, ouvre ses portes pour la première fois en 1964. Il est un événement populaire, et le passage obligé de tous les présidents de la République. Son emblème est la vache.
Un retour à la nature

L’avènement de l’automobile, la croissance démographique, et la peur des maladies, a progressivement chassé dans la deuxième moitié du 20ème siècle la nature de la ville. Mais depuis quelques décennies, une prise de conscience écologique génère un retour de nombreuses espèces animales. Des espaces verts sont aménagés, des zones deviennent piétonnières et des actions de biodiversification sont menées. Un hôpital pour hérissons menacés d’extinction ouvre ses portes. Des moutons broutent les pelouses de l’avenue de Breteuil. Les moineaux reviennent en même temps que les insectes dont ils se nourrissent. En 2025, les parisiens cohabitent, en l’ignorant parfois, avec toute une faune sauvage.










































































































































































































