Archives de catégorie : Actualités

Photo en couleur de trois canards sur la Place du Palais-Royal à Paris.

Histoire des animaux de Paris

Cochons au seuil des maisons, loups aux portes de la ville, animaux exotiques captifs des ménageries, chevaux arpentant les rues, faune hantant les cimetières, rats et chats aux étalages de boucher, la cohabitation des animaux et des parisiens est une longue histoire…

Les fauves de Lutèce

Photo d'une reconstitution d'un combat entre un gladiateur coiffé d'un casque et un lion rugissant et bondissant sur lui.
Combat de gladiateur

Les romains capturent dans les provinces de l’Empire les bêtes sauvages destinées au spectacle du cirque. Les arènes de Lutèce accueillent dix-sept mille spectateurs avides de combats spectaculaires. Sangliers, ours, tigres et lions s’affrontent entre eux ou avec un gladiateur. L’homme est ramené à sa force bestiale. Ailleurs, dans les maisons de Lutèce, les animaux occupent une place importante. Certains sont destinés à nourrir la famille (bovins et ovins) et d’autres lui tiennent compagnie (chiens et chats).

Les cochons

Enluminure illustrant un accident causé par un cochon, au Moyen-Age. La victime a la tête en bas, le cheval vient d'être percuté par le cochon.
Accident royal

Les cochons jouent un rôle essentiel dans l’alimentation. Économiques, ils se nourrissent de restes et de déchets, et leur viande est facile à conserver. Comme tous les animaux, ils errent librement dans la ville. Le jeune roi Philippe de France en est victime. En 1131, il se déplace dans les rues étroites de Paris lorsque son cheval percute un cochon. La chute est fatale, le souverain en meurt.

Les vaches

Photo en noir et blanc d'une vacherie parisienne, avec ses employés posant devant et deux vaches.
Vacherie parisienne

Les Parisiens consomment peu de lait jusqu’au 18ème siècle et la mode du café. De nombreuses vacheries s’installent dans la capitale au cours du 19ème. Elles causent des nuisances, telles la puanteur, les mouches…Les bêtes ne sont jamais sorties, sinon pour se rendre à l’abattoir. L’hygiène est absente des conditions de traites, et le lait transmet des maladies. La pasteurisation, inventée par Louis Pasteur en 1864, permet d’éliminer les bactéries en chauffant à haute température. Le lait peut désormais se conserver plus longtemps, et les vacheries se déplacent à la périphérie de la ville.

Les bouchers

Dessin en couleur représentant un étal de boucher au moyen-âge, avec à gauche un homme égorgeant un mouton.
Étale de boucher au Moyen-Âge

La corporation des bouchers, créée au 12ème siècle, est l’une des plus anciennes. Ils jouissent de nombreux privilèges et seuls leurs fils peuvent leur succéder. Ils tuent, dépècent et découpent les animaux dans leur cour, générant pollution et puanteur, jusqu’à l’apparition des abattoirs au 19ème siècle. Les boucheries sont proches de la Seine, afin de faciliter le nettoyage et l’évacuation des déchets. L’animal flairant la mort s’enfuit parfois, répandant la terreur dans les rues.

Les abattoirs

Photo en noir et blanc de l'intérieur des abattoirs de la Villette, avec un employé sur le point d'abattre un cheval.
Abattoirs de la Villette

En 1810, les abattages dans les cours de bouchers sont interdits, et un décret ordonne la création d’abattoirs en périphérie de Paris. Ceux de Vaugirard ont conservé leur portail d’entrée ainsi que plusieurs bâtiments reconvertis. En 1840, le Baron Haussmann décide de concentrer les opérations sur un seul site avec la construction des abattoirs de la Villette. Les bestiaux sont alors acheminés par train vers une gare spécifique afin d’éviter la déambulation dans les rues. Depuis 1974, la mise à mort des animaux n’a plus lieu dans Paris et la viande arrive directement à Rungis de province ou de l’étranger.

Les loups

Enluminure représentant deux cavaliers et une meute de chiens poursuivant un loup, sur un fond de végétation, avec un arrière plan doré.
Chasse au loup

Les loups sont une menace pour les Parisiens durant les périodes de famines, d’épidémie ou de grand froid. Ils déferlent en meutes, s’introduisent par les failles des fortifications, et sèment la terreur. Attirés par l’odeur des cadavres, ils envahissent les cimetières pour les déterrer. Les enfants et les vieillards, plus vulnérables, sont les premières victimes. Des récompenses sont offertes aux chasseurs et les dépouilles sont exhibées dans la ville. Une attaque particulièrement violente a lieu au 15ème siècle, tandis que la guerre de Cent ans fait rage. L’église associe le loup à la figure du démon, et les contes et légendes l’évoquent.

Les rhinocéros

Peinture d'un rhinocéros en gros plan, de profil, avec un paysage en arrière plan, par Jean-Baptiste Oudry, 18ème siècle.
Le rhinocéros Clara

En 1749 les Parisiens découvrent à la foire de Saint-Germain-des-Près une femelle rhinocéros du nom de Clara. Elle appartient à une hollandais qui l’exhibe à travers l’Europe. En 1770, un mâle baptisé Praslin est offert par le gouverneur des Indes à Louis XV. Il endure un voyage en mer de neuf mois avant d’arriver à Versailles. Assimilé à la monarchie, il reçoit un coup de sabre par les révolutionnaires, avant de mourir de faim dans la ménagerie royale.

Les ménageries royales

Gravure en couleur représentant la ménagerie royale de Versailles, avec personnages en rouge et bleu au premier plan.
Ménagerie de Louis XIV

Les rois de France ont dès le moyen-âge le désir de s’entourer d’animaux exotiques. Le Palais de l’île de la Cité, puis le Louvre, possèdent une ménagerie et une volière. Les animaux sont transférés à Versailles sous Louis XIV. La plupart sont capturés dans les colonies. D’autres sont offerts par les souverains étrangers, telle la tigresse du sultan du Maroc. Plus récemment, en 1973, la chine fait cadeau d’un couple de pandas géants au président Pompidou.

Le jardin des Plantes

Photo en noir et blanc d'un éléphant dans sa cage, au Jardin des Plantes, face à un public.
Éléphant au Jardin des Plantes

En 1791, une ménagerie est créée au Jardin des Plantes. Elle doit accueillir les animaux sauvages errant dans Paris, et les derniers survivants de la ménagerie de Versailles. Elle ouvre au public en 1794 avec un objectif pédagogique. Un muséum d’Histoire Naturelle lui est associé. Une autre ménagerie est installée en 1860 au Jardin d’acclimatation. Le zoo de Vincennes est inauguré en 1934.

Le zoo de Vincennes

Photo en couleur de sept girafes avec en arrière-plan le rocher du zoo de Vincennes.
Zoo de Vincennes

Une exposition d’animaux exotiques est organisée à l’occasion de l’Exposition coloniale de 1931. Son succès populaire conduit à la création du zoo de Vincennes. Un gigantesque rocher en béton en devient l’emblème. Les fossés sont préférés aux barreaux. Une rénovation importante a lieu en 2000, les dernières cages sont remplacées par des vitres, et le nombre d’animaux diminue au profit de la surface végétale.

Le commerce des animaux

photo en couleur de perruches jaunes, vertes et bleues, derrière les barreaux d'une cage.
Perruches à vendre

Longtemps la vente de bétail et de volailles se fait dans l’espace public et perturbe la circulation. Napoléon, soucieux de moderniser la capitale, ordonne la construction d’un vaste marché couvert. Au 20ème siècle, les animaleries sont nombreuses. Elles vendent des animaux domestiques, oiseaux, chiens, chats et poissons, rongeurs, parfois des reptiles. La loi de 2021 luttant pour la maltraitance animale les condamne à la fermeture définitive.

Les chevaux

Photo en noir et blanc d'un omnibus tiré par deux chevaux, le long d'une avenue parisienne.
Omnibus à Paris

Les chevaux ont longtemps assisté l’homme dans ses diverses tâches, locomotion, guerre, travaux des champs. À Paris ils remorquent les bateaux le long des quais. Leur usage se développe considérablement au cours du 19ème siècle avec la naissance des transports en commun. Apparaissent les omnibus et les tramways, avec des itinéraires fixes et affichés. Après la première guerre mondiale, la mécanisation automobile rend les chevaux progressivement inutiles. De plus le prix du terrain et le manque d’espace ne permet plus de maintenir des écuries . En 1966, le dernier propriétaire parisien de chevaux, Henri Magne, est exproprié. Les seuls qui restent dans la capitale sont ceux de la garde nationale et de l’École Militaire.

Les spectacles animaliers

Photo en couleur d'un dresseur vu de dos face à cinq tigres sur des tabourets, dans l'arène d'un cirque.
Dresseur de tigres

Les carrousels et les parades, importés par la reine Marie de Médicis au 17ème siècle, soumettent les chevaux à une chorégraphie rigoureuse. Le plus célèbre est donné sur la Place Royale à l’occasion du mariage de Louis XIII, devant soixante-dix mille spectateurs. Au 19ème siècle, les courses hippiques deviennent le divertissement favori des Parisiens. Les combats d’animaux, sanglants, sont prohibés en 1833. Les numéros de cirque mettant en scène des fauves seront interdit par une loi en 2028.

Les habitats insolites

Photo d'un bébé renard derrière la tombe d'un cimetière parisien du Père-Lachaise.
Renard au Père-Lachaise

Le cimetière du Père Lachaise, vaste zone préservée du bruit et de la pollution, héberge de nombreuses espèces, telles que chauve-souris, hérissons, renards, pic-verts. Les oiseaux peinent à trouver des arbres et font leurs nids dans des gouttières ou des cheminées. Les mares artificielles des jardins publics servent d’abris à des canards, crapauds ou hérons.

Les procès d’animaux

Dessin représentant un cochon en pleurs et ses marcassins au banc des accusés d'un tribunal.
Condamnation d’un cochon

Longtemps les animaux sont considérés comme des êtres dotés d’une morale, et donc responsables de leurs actes. Des cochons et des chevaux sont condamnés à mort et leur propriétaire à des amendes pour avoir agressé des Parisiens. Jusqu’à la Révolution, des cas fréquents de zoophilies sont attestés; la sentence est toujours la mort, l’exécution de l’animal précédant celle de l’humain et se déroulant sous ses yeux.

Le carnage de 1870

Dessin en couleur d'un étale de boucher parisien vendant des rats, chats et chiens.
Boucher sous la Commune

En 1870, durant quatre mois, Paris est assiégé par les troupes prussiennes et la famine sévit. Les animaux les plus précieux du Jardin d’acclimatation ont été évacués auparavant vers la province. Ceux du Jardin des Plantes sont vendus aux enchères aux plus fortunés; deux éléphants sont ainsi réduits en boudin. Les Parisiens se résignent à manger leurs chevaux. Les boucheries vendent des chats et des chiens. Un marché aux rats se tient devant l’Hôtel de Ville; l’animal aurait selon les chroniques de l’époque le gout de porc et de perdreau. Les corbeaux et les moineaux n’échappent pas au massacre.

Les chats et les chiens

Tableau à l'huile sur toile représentant une fillette tenant son petit chien dans les bras, par Jean-Baptiste Greuze, 18ème siècle.
Fillette et son chien par Greuze

Les chiens sont présents dans la capitale dès le Moyen-Âge. Ils sont utilisés pour la chasse et la garde. Au début du 17ème siècle apparait la vogue des espèces canines minuscules, que les dames portent dans leur manchon. Les chiens parisiens sont aujourd’hui nombreux, et suscitent un problème d’hygiène. Les « motos-crottes » entrent en usage en 1982; le coût élevé supporté par tous les parisiens, et le manque d’efficacité, mettent fin au service en 2004. Les propriétaires de chiens ont désormais le devoir de ramasser les déjections, sous peine d’une amende de cent-trente-cinq euros. Les chats sont introduits en France au début du 17ème siècle par un savant depuis l’Orient. Ils font l’objet d’un véritable engouement au 18ème siècle. Certains maîtres excentriques les habillent de fourrure et de soieries.

Le salon de l’agriculture

Photo en couleur du Salon de l'Agriculture, avec ses visiteurs devant les stands de vaches.
Salon de l’Agriculture

Un concours agricole annuel est créé en 1870, afin de récompenser les meilleurs produits et animaux du territoire français. Il se tient aux Champs-Élysées, avant d’être déplacé Porte de Versailles en 1925. Le salon de l’agriculture, héritage du concours, ouvre ses portes pour la première fois en 1964. Il est un événement populaire, et le passage obligé de tous les présidents de la République. Son emblème est la vache.

Un retour à la nature

Photo en couleur de moutons noir et blanc brouttant sur la pelouse de l'avenue de Breteuil, avec le dôme des Invalides à l'arrière-plan.
Moutons avenue de Breteuil

L’avènement de l’automobile, la croissance démographique, et la peur des maladies, a progressivement chassé dans la deuxième moitié du 20ème siècle la nature de la ville. Mais depuis quelques décennies, une prise de conscience écologique génère un retour de nombreuses espèces animales. Des espaces verts sont aménagés, des zones deviennent piétonnières et des actions de biodiversification sont menées. Un hôpital pour hérissons menacés d’extinction ouvre ses portes. Des moutons broutent les pelouses de l’avenue de Breteuil. Les moineaux reviennent en même temps que les insectes dont ils se nourrissent. En 2025, les parisiens cohabitent, en l’ignorant parfois, avec toute une faune sauvage.

Plaque de la rue de la Grande Truanderie en émail bleu et vert.

Histoire des noms des rues de Paris

Longtemps les parisiens n’ont pas eu d’adresse. Les premières plaques de rues apparaissent au 18ème siècle. Précieux repères géographiques, elles permettent aussi de conserver la mémoire collective. Les noms inscrits aujourd’hui en lettres blanches sur fond bleu rappellent une époque, une mode, évoquent des acteurs illustres de l’histoire nationale.

Des rues sans nom

Ancienne plaque en fer blanc dans le quartier du Marais.
Plaque en fer blanc

Jusqu’au 17ème siècle, les rues sont désignées de manière orale et aléatoire par les habitants. Les noms sont banals, et nombreuses sont les rues Haute, Droite, Pavée, de l’Église, de la Source… En l’absence de plan, il est difficile de trouver son chemin. A la fin du 16ème, le roi Henri IV prend conscience du problème. Mais il faut attendre 1728 pour que les Parisiens reçoivent l’ordre officiel d’apposer des plaques en fer dans leur rue, à leur frais. La mesure est peu suivie…

De la pierre à la tôle

Plaque de la rue Valette en métal bleu et ancien nom de rue gravé en dessous dans la pierre
Nom de rue gravé

Les premières plaques apparaissent au début du 18ème siècle. Elles sont en fer blanc, avant d’être remplacées par des noms gravés sur des plaques en pierre ou directement dans le mur. Les quartiers anciens tels le Marais ou Saint-Germain-Des-Près en gardent des témoignages. Au début du 19ème, la ville de Paris prend en charge les nominations. Les intitulés des rues sont alors peints sur les façades, mais les inscriptions ne résistent pas à la pluie. En 1823 les noms sont inscrits en lettres blanches sur du fer noir. Des plaques en lave de Volvic émaillées apparaissent en 1844. Très lisibles et légères, elles sont à l’origine de celles que les parisiens connaissent aujourd’hui.

Les plaques bleues

Plaque du boulevard du Montparnasse en métal bleu surmontée d'une plaque en mosaïque or
Plaques boulevard du Montparnasse

Les plaques de rue sont depuis près de deux siècles conçues sur le même modèle. Comme le métro, les fontaines Wallace ou les colonnes Morris, elles sont une particularité parisienne. En tôle émaillée avec un fond bleu et un liseré vert, elles sont surmontées d’un arc de cercle à l’intérieur duquel figure l’arrondissement. La police de caractère est toujours identique, la typographie est blanche. Le format est également standard, ce qui contraint à réduire la taille des lettres pour les noms trop longs. La fonction ou l’oeuvre des personnalités est fréquemment précisée. Certaines plaques se distinguent en adoptant le style de l’immeuble auquel elles sont adossées.

Rues, boulevards ou avenues…

Photo aérienne de l'avenue des Champs-Elysées
Avenue des Champs-Elysées

Le vocabulaire français a plusieurs mots pour qualifier une voie de circulation. Le plus courant est la rue. Les boulevards apparaissent sous Louis XIV et désignent les promenades arborées, aménagées à l’emplacement des anciens remparts. Le terme s’applique ensuite à de larges voies permettant une circulation fluide. Les avenues, selon l’étymologie « adevenire », mènent à un endroit précis; elles ont un caractère aristocratique, entourent les principales places de Paris, telles l’Étoile, le Trocadéro… Il y a encore les carrefours, les ronds-points, les quais, les squares. La villa est une spécificité parisienne qui désigne une voie privée. La cité est un ensemble immobilier. Le mot « cul-de-sac » est remplacé au 18ème par Impasse, plus élégant.

Des doublons

Plaque émaillée bleue de la rue Traversière
Plaque de la rue Traversière

En 1860, Paris annexe les communes alentours, telles Belleville, Auteuil, Passy…L’inventaire de l’ensemble des voies de la capitale agrandie fait apparaître de nombreux doublons, sources de confusion. Il y a plusieurs rues des Petits-Champs, de la Poterie, Traversière etc… Mille cinq cent noms doivent être changés. Quatre-vingt pour cent des nouvelles plaques rendent hommage à des personnalités. Des règles sont établies afin d’adapter leur importance à la largeur ou la longueur de la voie.

Polémique à la Révolution

Rue Saint-Sulpice avec l'Église à l'arrière-plan.
Rue Saint-Sulpice

Avant la Révolution, les rues portent fréquemment le nom d’une église à laquelle elle mène. Les exemples sont encore nombreux, telles les rues Saint-Sulpice, Saint-Jacques, Saint-Denis. Les sites les plus prestigieux, les places Dauphine, Royale (actuelle des Vosges), Christine, Louis XV (actuelle Concorde), rendent hommage à la famille royale. En 1789 toutes les références au christianisme ou à la monarchie sont condamnées. Les plaques sont sommairement martelées. Les rues Saint-Honoré ou Saint-Roch deviennent simplement Honoré et Roch. La rue de Richelieu est renommée la rue de la Loi. Le changement est de courte durée, les noms anciens reviennent progressivement dès la fin du 18ème siècle.

Des plaques fantômes

Plaque de la Place de la Concorde, surmontée d'une ancienne plaque en pierre portant l'inscription Louis XVI.
Ancienne plaque Louis XVI

La plupart des voies parisiennes ont eu plusieurs noms successifs. Les anciennes plaques sont fréquentes dans les quartiers du centre. A l’angle de la Place de la Concorde et de la rue Boissy-d’Anglas, une pierre gravée porte l’inscription à peine déchiffrable de « Place Louis XVI ». C’est le nom que la monarchie restaurée donne en 1826 au site où fut décapité le roi. La place s’appellait Louis XV au moment de sa création, puis « place « de la Révolution » en 1792. En 1795 elle devient « Concorde » dans un esprit de réconciliation. La Restauration la renomme place Louis XVI, comme en témoigne la plaque en pierre. Le nom de Concorde est définitivement adopté en 1830.

Une histoire racontée

Plaque de l'avenue d'Iena avec la mention "victoire de Napoléon en 1806"
Victoire de Napoléon

Les noms de voies sont donnés par le pouvoir en place et servent sa politique. Napoléon 1er met en avant ses victoires militaires. Austerlitz, Iéna, Lübeck, Pyramides…font toujours partie du vocabulaire parisien. Les dates historiques sont moins fréquentes. La rue du Quatre-Septembre en souvenir de l’élection du Président de la République en 1848, ou la Place du 18 juin 40 pour l’appel du Général De Gaulle sont parmi les plus connues. Après la Première Guerre mondiale, le conseil de Paris honore les héros militaires. L’avenue du Bois devient Foch. En 1945, des noms de résistants apparaissent, telle l’avenue du Général Leclerc.

D’illustres absents

Rue Royale à Paris 8è avec illumination de Noël.
Noël rue Royale

Aujourd’hui les plaques portent les noms des grands acteurs de l’histoire nationale, à l’exception des rois de France. La rue Royale, la rue Dauphine ou la rue Madame, sont des références à la monarchie mais ne désignent pas de personnes précises. Clovis est honoré par une petite rue. Le plus chanceux est Henri IV avec un quai et un boulevard. Louis-Philippe a un pont. Mais l’ancienne place Louis XV s’appelle la place de la Concorde. La rue Napoléon devient en 1814 la rue de la Paix, et seule la rue Bonaparte rend hommage à l’empereur.

Honneur aux habitants

Angle de la rue Pierre au lard et de la rue Saint-Merri
Rue Pierre au lard

Dès le Moyen Âge les rues prennent le nom de certains de leurs habitants fortunés dont les imposantes demeures servent de point de repère. La rue de Sévigné ou la rue du Roi de Sicile évoquent la mémoire de ces illustres résidents. D’autres voies sont baptisées en fonction d’habitants moins prestigieux, comme les Maubert (Place Maubert), les Bourdon (rue des Bourdonnais), ou Pierre au Lard (rue Pierre au Lard). La présence de congrégations religieuses est aussi attestée, comme en témoignent les rues des Carmes, des Bernardins ou des Blancs-Manteaux.

Les métiers

Plaque du quai des Orfèvres avec façade en brique rose à l'arrière-plan.
Quai des Orfèvres

La présence d’un métier est dès le Moyen-Âge un moyen fréquemment utilisé pour désigner une voie. La plupart de ces appellations ont disparu, subsistent les rues de la Corderie, de la Bucherie, de la Verrerie, le Quai des Orfèvres…Des rues témoignent aussi de présences inquiétantes. Celles des Mauvais-Garçons ou de la Grande Truanderie existent toujours, mais les rue Trace-Putain et Gratecon ont disparu. La rue Pute-y-muse est devenue la rue du Petit-Musc, la rue Poil-au-con se nomme désormais Pélican.

Les enseignes

Salle des enseignes au Musée Carnavalet, Paris.
Musée Carnavalet

Elles apparaissent dans le paysage de Paris dès le Moyen-Âge et se développent à la Renaissance. Elles servent à attirer l’attention du passant sur une boutique, mais sont aussi un excellent moyen de se repérer. Les rues de la Harpe, de l’Épée de bois, du Chat-qui-pêche, en témoignent. La rue du Cherche-midi doit son nom à un cadran solaire qui se devine toujours sur une façade.

La géographie

plaque émaillée bleue de la rue de Sèvres, Paris 6
Rue de Sèvres

Certaines voies portent les noms des communes proches de Paris auxquelles elles mènent. Les rue de Vaugirard, Grenelle, ou Sèvres, étaient autrefois de simples chemins. Au 19ème, des noms de villes ou de régions sont donnés à proximité des gares qui en permettent l’accès, comme la rue du Havre proche de la gare Saint-Lazare, l’avenue du Maine près de Montparnasse.

Les thèmes

avenue Van Dyck près du Parc Monceau, Paris 8
Avenue Van Dyck

Le lotissement d’un nouveau quartier est l’occasion d’une nomination thématique. Les avenues aux abords du Parc Monceau s’appellent Ruisdael, Rembrandt, Van Dyck, Murillo ou Velasquez, des peintres hollandais et espagnols du 17ème alors en vogue. Les rues d’Amsterdam, d’Athènes, de Milan ou de Bucarest naissent avec le quartier dit de l’Europe. Autour de la BNF, les noms d’écrivains du 20ème, tels François Mauriac ou Raymond Aron, sont à l’honneur. Les rues Corneille et Racine sont proches du théâtre de l’Odéon. Les avenues du quartier de l’École militaire portent des noms de généraux.

Des habitudes tenaces

Inauguration du Quai Jacques Chirac par la maire de Paris.
Inauguration du Quai Jacques Chirac

Les plaques permettent d’officialiser les noms des rues. Mais la mémoire collective conserve les appellations d’usage. La Place Charles de Gaulle demeure dans le langage parisien celle de l’Étoile et le Quai Jacques Chirac reste le Quai Branly. Il est fréquent que des phrases telles que « la rue qui monte après le café » ou »l’avenue qui part à gauche du kiosque » servent à désigner une voie et à pallier l’ignorance de son nom officiel. Les nouveaux venus dans la capitale, aidés par les applications numériques de guidage, contribuent cependant à l’adoption des nouveaux noms.

Enluminure représentant une rue commerçante du Moyen-Âge avec un drapier, un fourreur et un barbier.

Le travail à Paris au Moyen-Âge

Dès l’occupation romaine, Lutèce, traversée par son fleuve, est un centre de commerce très actif. Au Moyen-Âge, les métiers, souvent oubliés aujourd’hui, doivent satisfaire une population en forte croissante. Les textes et enluminures, ainsi que l’archéologie, sont des sources précieuses pour connaître ce monde du travail médiéval.

Une ville prospère

Paris connait un développement sans précédent au 13ème siècle, avec une population en forte croissance. Le roi, itinérant jusque-là, y demeure désormais. Les universités naissent sur la rive gauche, où de nombreux couvents et abbayes s’implantent. L’activité commerciale se développe se développe rive droite. De nouveaux métiers apparaissent pour répondre à une clientèle variée et exigeante. Les meilleurs artisans affluent de la province et de l’étranger vers la capitale.

Enluminure représentant une scène de foire avec des étals de draps, de vaisselle et de bestiaux.
Foire du Moyen-Âge

Les corporations

Les artisans d’une même profession se regroupent en associations appelées corporations, reconnues par les pouvoirs publics. Les premières apparaissent au 12ème siècle et leur mission est triple. D’abord protéger ses membres de la concurrence de produits provinciaux ou étrangers grâce à un octroi dissuasif. Ensuite assurer de bonnes conditions de travail, des horaires décents et des congés, ainsi qu’un processus de recrutement équitable. Enfin garantir au client la qualité de la marchandise par l’inspection de toute la chaine de fabrication, des matières premières aux produits finis, et vérifier les prix.

Dessin en couleur de six représentants de corporation portant l'étendard de leur professions.
Les étendards des corporations

Le livre des métiers

Son auteur est Etienne Boileau qui, en tant que prévôt de Paris, perçoit les taxes, assure la justice et l’approvisionnement de la ville. Son ouvrage est une source d’information essentielle pour les historiens car il recense les règlements du monde du travail. Des lois orales existaient déjà, elles sont désormais écrites et officialisées. La tâche est immense, tous les métiers de Paris accompagné de leurs droits et coutumes sont répertoriés.

Gravure en noir et blanc représentant Etienne Boileau entrant dans Paris à cheval escorté de gardes munis de lances.
Entrée d’Etienne Boileau dans Paris

La hiérarchie

A la tête de chaque corporation, il y a des jurés, chargés du respect du règlement. Ils font des contrôles réguliers sur les lieux de production. Les ateliers sont dirigés par un maître, assisté de valets et d’apprentis. L’interdépendance des différents métiers instaure également une hiérarchie. Ainsi les merciers font travailler les gainiers, qui se fournissent en cuir chez les tanneurs, les orfèvres s’approvisionnent chez les batteurs de métal. Le statut de l’artisan travaillant dans son atelier familial pour son compte et vendant sa propre production reste une exception.

Gravure en couleur représentant un maître boulanger et son apprenti mettant du pain dans le four.
Maître boulanger et son apprenti

Le juré

Les corporations sont représentées par des jurés qui défendent les droits et privilèges de ses membres. Choisis et élus par les maîtres, leurs pairs, leur rôle est de veiller au respect du règlement. Ils visitent les ateliers pour contrôler les normes de fabrication, les salaires, les heures de travail, les prix, et punissent les malfaçons par des amendes. Ils sont appelés à régler les conflits entre maîtres et ouvriers.

Dessin en couleur représentant une rue marchande du Moyen-Âge avec à gauche l'étal d'un mercier, et à droite des soldats munis de lances.
Boutique d’un mercier

Le maître

Aucun artisan ne peut s’installer et vendre sa production sans avoir le statut de maître. L’accession à la maîtrise est soumise à deux épreuves. D’abord l’ouvrier passe un examen devant un jury, puis il doit produire un chef-d’oeuvre comme preuve de son talent. Reçu, il prête serment sur la bible, et après avoir payé des droits, peu s’installer à son compte. Le règlement de sa corporation précise le nombre d’apprentis qu’il peut embaucher. Tous les compagnons aspirent à devenir maîtres, mais peu y parviennent. Les conditions financières sont drastiques et créent des inégalités. la maîtrise est fréquemment réservée aux fils de maîtres, qui bénéficient de dérogations (apprentissage plus court, frais de réception moins élevés, exemption de chef-d’oeuvre…).

Photo du Chef-d'oeuvre d'un compagnon boulanger, une carte de France en pain.
Chef-d’oeuvre de boulanger

L’apprenti

Il est âgé de dix à quinze ans. Après avoir signé un contrat d’apprentissage devant notaire, il se forme plusieurs années durant auprès d’un maître. Celui-ci a pour devoir de lui transmettre son savoir-faire, mais aussi de le loger et de le nourrir. L’apprenti devient compagnon à la fin de sa période d’apprentissage. Il est alors engagé et salarié par son maître pendant une année renouvelable. Certains font un tour de France pour parfaire leur technique. La plupart restent compagnons toute leur vie car l’accès à la maîtrise est de plus en plus difficile au fil des siècles. Afin de valoriser leur statut et de défendre leurs intérêts, ils s’organisent en structures parallèles au système des corporations, appelées compagnonnages.

Gravure en couleur représentant un apprenti orfèvre travaillant sous la conduite de son maître.
Maître et apprenti orfèvre

Les confrèries

La plupart des travailleurs appartiennent à la fois à une corporation et à une confrérie. La première a pour objectif exclusif la protection de l’exercice du métier, la seconde est religieuse et charitable. Chaque profession a sa propre confrérie, qui assure une assistance matérielle et morale à ses membres pauvres, malades ou âgés, et les placent sous la protection d’un Saint Patron. Les menuisiers sont protégés par Saint Joseph, les boulangers par Saint-Honoré, les tanneurs par Saint-Barthélemy, les maçons et tailleurs de pierres par Saint-Blaise etc…

Peinture représentant Saint Joseph dans son atelier de menuisier, peint par un élève de Robert Campin, 15ème siècle.
Saint Joseph

La culture et l’élevage

Paris, comme toutes les villes, se minéralise au fil des siècles. Au Moyen-Âge, de nombreux espaces intramuros sont encore occupés par des cultures. Les noms des rues en gardent la mémoire, telle la rue de la Culture Saint-Catherine (actuelle rue Sévigné).Les animaux se promènent dans la ville. Agriculteurs et éleveurs jouent donc un rôle important, bien qu’ils n’aient pas leur propre corporation.

Enluminure avec laboureur et ville en arrière-plan, extraite des Très riches heures du Duc de Berry, 15ème siècle, Musée de Chantilly.
Les très riches heures du Duc de Berry

Les métiers de l’alimentation

Le pain occupe une place essentielle dans l’alimentation médiévale. Les moulins qui servent à moudre les grains destinés aux parisiens sont amarrés sur la Seine. Les meuniers doivent jurer restituer l’intégralité des denrées qui leur sont confiées. Longtemps tributaires de fours publics, les boulangers obtiennent de posséder leur propre four au 16 ème siècle. Ils font alors office de « fourniers » en cuisant les pains et gâteaux des particuliers. Ils fabriquent plusieurs sortes de pain, adaptés au gout et au budget de leurs clients. Le plus cher est à base de froment, le moins cher, appelé « rebouti », a mal levé, est trop ou mal cuit…. Ils vendent leur production en boutique, et sont implantés en fonction de la proximité des marchés aux blés, et sur les grands axes de passage. Les bouchers, les poissonniers, les aubergistes, sont également représentés par leur corporation.

Dessin en couleur représentant un étal de boucher vendant des cervelles de veaux.
Étal de boucher

Les métiers du métal

A Paris, ils bénéficient d’un approvisionnement fluvial en matières premières, notamment en bois et fer brut, ainsi que des ressources nécessaires en eau. Les spécialités sont nombreuses. Les forgerons fournissent en fer les armuriers, les charretiers, les maréchaux ferrants, les serruriers, les couteliers. Les tréfileurs transforment les métaux en feuilles, barres, fils. Les orfèvres travaillent les métaux précieux, or et argent, pour la vaisselle, les objets ecclésiastiques et les bijoux.

Maître forgeron et son apprenti.

Les métiers du textiles

Ils comptent une trentaine de spécialités. Les matières brutes, laine, lin, chanvre, sont lavées, séchées et peignées par des batteurs, des liniers et des chanvriers. Les filandières les transforment en fil par étirage à l’aide d’un fuseau. Les tisserands interviennent ensuite pour fabriquer, par entrecroisement des fils, sur un métier à tisser, des étoffes, qui sont utilisées et transformées par les tailleurs. Les teinturiers sont souvent relégués à l’extérieur des zones habitées à cause des odeurs et de la pollution des eaux. La production textile décline dès le 14ème siècle à Paris, concurrencée par les villes du Nord. Les étoffes importées sont alors vendues par les marchands-drapiers.

Peinture représentant l'intérieur d'une boutique de drapier au Moyen-Âge, avec un vendeur coupant à l'aide de ciseaux une étoffe sous le regard d'un client.
Boutique de drapier

Les métiers du bâtiment

Le secteur de la construction est essentiel dans une ville qui ne cesse de repousser ses limites. Les ouvriers spécialisés interviennent à toutes les étapes. En amont, les carriers extraient la pierre et la donnent aux tailleurs. Les maçons élèvent les murs, en collaboration avec les plâtriers et les morteliers. Les charpentiers sont présents tout le long de la chaine, pour confectionner les échafaudages, les voutes, les portes et la charpente. Les couvreurs utilisent les tuiles fournies par les tuiliers. Pour les édifices importants, un architecte ou maitre d’oeuvre dirige le chantier.

Enluminure représentant sur la partie droite des maçons construisant une maison, sous la surveillance à gauche d'un personnage auréolé accompagné de trois soldats.
Maçons au travail

Les métiers du cuir

Le cuir joue un rôle important au Moyen-Âge car il est utilisé dans de nombreux domaines de la vie quotidienne, apprécié pour sa solidité et sa perméabilité. La forte consommation de viande procure des peaux en abondance. Les tanneurs les lavent, les rasent, les assouplissent à l’aide d’huile. Ils sont souvent repoussés hors des remparts de la ville en raison des mauvaises odeurs dégagées par leur activité. Dans le domaine de l’habillement, les cordonniers fabriquent les chaussures (ils doivent leur appellation à la ville de Cordoue réputés pour ses cuirs), tandis que les savetiers les réparent. Le cuir est employé pour les tuniques car il protège de la pluie et du froid. Les gantiers et les chapeliers, mais aussi les boursiers, complètent la tenue vestimentaire. Pour l’équipement du cheval, les bourreliers produisent les colliers, les lormiers les courroies et les rênes. Les relieurs utilisent des peaux souples afin de protéger et de solidifier les manuscrits, tout en les rendant esthétiquement attrayants.

Dessin de tanneurs à l'ouvrage dans un atelier ouvert sur l'extérieur, avec des peaux suspendues au plafond.
Atelier de tanneur

Les marchands-merciers

Les artisans qui vendent directement leur production avec leur atelier ouvrant sur la rue par une étal se raréfient avec la croissance de l’activité commerciale. Les intermédiaires entre les fabricants et les clients s’imposent dans de nombreux secteurs dès le 13ème siècle. Appelés marchands-merciers, ils règnent sur le commerce parisien. Ils achètent des marchandises locales et étrangères pour les revendre aux citoyens. Les denrées concernées sont généralement précieuses, des tissus fins ou de l’orfèvrerie, des bijoux, des épices etc…Parmi la classe des marchands, les vendeurs d’eau constituent une corporation à part. Ils contrôlent la navigation sur la Seine, et perçoivent des taxes sur toutes les marchandises importées. Ils dominent peu à peu la vie économique, puis politique, de la ville.

Gravure en noir et blanc représentant un marchand ambulant du Moyen-Âge présentant ses articles (masques, rubans, bouttons...).
Marchand ambulant

Les métiers intellectuels

Le Paris médiéval est un haut lieu du savoir. Les imprimeurs-libraires sont nombreux sur la rive gauche. Ils travaillent sous le contrôle de l’Université de Paris et sont assistés de scribes et de copistes. Les métiers de la santé comprennent les médecins, les apothicaires mais aussi les arracheurs de dents. Les ménestrels regroupent les musiciens et les conteurs. Le terme basoche désigne la communauté des gens de justice, juges, clercs et avocats.

Peinture en couleur représentant un apothicaire dans sa boutique avec un client accompagné d'un enfant.
Boutique d’apothicaire

Les basses tâches

Certains métiers sont réservés aux catégories les plus pauvres. Les portefaix charrient sur leur dos les marchandises du port jusque chez les marchands ou les clients. La profession disparait avec la généralisation des transports à roue. Le crieur public annonce les nouvelles, avant le développement de l’imprimerie; son rôle est essentiel pour une population en majorité analphabète. Il attire l’attention par un tambour, depuis les places, les marchés et les carrefours.

Gravure en couleur d'un homme debout vêtu d'un manteau rouge et portant un seau d'eau dans chaque main.
Porteur d’eau

Les lieux

Les pouvoirs publics accordent aux artisans et marchands les autorisations de s’installer et leur impose un lieu précis. La plupart des métiers sont situés rive droite, dans le quartier des Halles et du Marais et sur les quais. Le regroupement géographique par branches d’activité présente trois avantages. D’abord les artisans d’une même filière travaillent en collaboration, les uns fournissant les autres, et la proximité favorise leurs échanges. Ensuite, les clients savent exactement où trouver les marchandises. Enfin, la tâche des jurés, chargés du contrôle des ateliers au sein de leur corporation, est facilitée.
Les compagnons pour lesquels la maîtrise est inaccessible choisissent souvent de s’installer dans les faubourgs pour échapper au contrôle des corporations et bénéficier des loyers moins élevés. Le faubourg Saint-Antoine héberge les métiers du bois, le faubourg Saint-Marcel ceux du textile…
Longtemps les rues ont porté le nom des métiers qu’elles abritaient, indice précieux pour les historiens. La plupart ont été rebaptisées, mais certaines, telles la rue de la Coutellerie et la rue de la Verrerie, ou les Quai des Orfèvres, ont conservé leur nom d’origine.

photo d'une plaque de rue bleue bordée de vert avec une inscription en lettre blanche. Rue de la Coutellerie 4è arrondissement.
Plaque de rue
Photo en couleur d'une rue du Marais pavée de pierre par temps de pluie, avec piétons et terrasses de restaurants, Paris 4ème

Histoire du piéton de Paris

Les habitants de Lutèce marchent sur des trottoirs, le long de rues pavées. Mais dans le Paris médiéval le piéton est menacé d’être écrasé ou assommé, et si la chance lui sourit, il arrive finalement chez lui couvert de boue et d’excréments. Son sort s’améliore au 19ème siècle, les dangers s’éloignent et la rue lui offre de nombreux services, tels les passages couverts, les kiosques, les toilettes. Au 21ème siècle, le marcheur parisien reste vulnérable car il est plus lent que les autres usagers, voitures, vélos et trottinettes…

La boue

Au Moyen Age, les rues de Paris sont de nauséabonds chemins de boue où le piéton s’enfonce jusqu’aux chevilles. La pluie et les eaux sales se mêlent aux immondices domestiques accumulés devant les maisons. Les animaux, porcs, chiens, bovins…èrrent et sont abattus en plein air. Un chroniqueur du 14ème siècle raconte que le premier devoir de la bonne épouse est de laver les pieds de son mari quand il rentre chez lui. Plus tard apparaissent des gratte-pieds à l’extérieur des maisons, ainsi que des services de décrotteurs payants.

Dessin en couleur d'une rue du Moyen Age avec abattage d'un mouton.
Abattage de mouton

Les éclaboussures

Au 16ème siècle, un règlement impose aux riverains de paver leur pas de porte avec une pente permettant de drainer leurs eaux usées vers le centre. Mais les rues sont très étroites et le parisien reçoit les éclaboussures provoquées par le passage des chevaux et des voitures. Le plus chanceux tient le « haut du pavé », près des maisons; il risque de recevoir sur la tête les excréments jetées des fenêtres, mais échappe au ruisseau nauséabond qui coule au centre. Le caniveau, apparu avec le trottoir, assurera une circulation plus efficaces des eaux sales sur le bord de la chaussée .

Gravure en noir et blanc représentant une rue au Moyen Age avec un groupe de musiciens et chanteurs de rue et une femme à sa fenêtre vidant le contenu d'un pot.
Le manque d’hygiène

Les obstacles

Jusqu’au 19ème siècle, la plupart des rues mesurent un ou deux mètres de large. Elles sont encombrées d’obstacles de toute sorte, étalages de marché, enseignes, animaux errants… Les éventaires des boutiques sont prolongés par des bancs et des tréteaux. Les auvents laissent pendre des cordes et des perches. Les piétons ont peine à se frayer un chemin, et les voitures à cheval en nombre croissant aggravent la situation. Autre obstacle, les encorbellements, parties en saillies des maisons. Vélos, trottinettes et terrasses de cafés constituent les obstacles des temps modernes…

Enluminure représentant une rue de Paris au Moyen Age, avec les étales de boutiques derrière lesquels les artisans-commerçants travaillent.
Etales de boutiques

Les enseignes

Apparues dès le 13ème siècle dans les rues de la capitale, leur rôle est de signaler et d’attirer l’attention des passants sur un commerce quand la plupart ne savent pas lire. Elles servent aussi à se repérer, à une époque où il n’y a ni plaques de rue ni numéros aux maisons. Elles donnent fréquemment leur nom à la voie, telles la rue du Chat qui pêche ou celle des Deux boules. Leur prolifération au fil des siècles les rend dangereuses. Accrochées à de longues potences pour plus de visibilité, elles avancent jusqu’au milieu de la rue et se balancent au grès du vent dans un grand vacarme, menaçant d’assommer le piéton. Au 18ème siècle, une réglementation oblige à les fixer plus près des murs. Aujourd’hui, de nombreux magasins imitent les anciennes enseignes en métal peint, plus esthétique que le néon et le plexiglass.

Photo en gros plan d'une enseigne suspendue en bronze, avec l'inscription La Brigitte et des binocles avec yeux peints en dessous.
Enseigne à l’ancienne

Les pavés

Les romains avaient compris l’importance du pavement pour éviter le cloaque. Mais les dalles dont ils avaient revêtu les principales voies de Lutèce ne survivent pas à l’arrivée des Francs. Les rues du Moyen Âge sont infestées d’une boue immonde. Au 12ème siècle, le roi Philippe-Auguste ordonne aux riverains de paver leur rue, tandis que la ville se charge des grandes artères. L’entreprise échoue et seules quelques voies seront couvertes de larges et épais carreaux de pierre au cours des siècles suivants. Le pavé cubique, toujours présent dans certaines rues, est utilisé dès les années 1400. Extrait des carrières de pierre des environs, sa fabrication se poursuit jusqu’au début du 20ème siècle. Un pavage en bois, moins onéreux, est adopté à la fin du 19ème, mais il est glissant par temps de pluie. Le développement de l’automobile au lendemain de la première guerre mondiale fait triompher le bitume et le goudron, plus homogènes.

Photos d'une rue ancienne avec de gros pavés de pierre cubique irrégulièrement posés, Paris.
Rue pavée de pierre

Les bornes

Appelées « chasse-roues » au Moyen Âge, ce sont des pierres plantées contre les murs des maisons pour les protéger des chocs des voitures. A une époque où les trottoirs n’existent pas, elles protègent partiellement les piétons. Elles peuvent dans le meilleur des cas délimiter des espaces interdits à la circulation, ancêtre des zones piétonnières. La généralisation des trottoirs au 19ème les rend inutiles. Elles réapparaissent aujourd’hui dans certaines rues de la capitale sous la forme de petits poteaux métalliques en bordure de trottoir destinés à empêcher le stationnement.

Photo en couleur de la rue Berton, avec bornes en pierre et lampadaires, Paris 14ème.
Rue Berton Paris 14ème

Les trottoirs

Ils étaient présents chez les romains de l’Antiquité et sans doute à Lutèce, mais disparaissent avec l’arrivée des Francs. Les rues du Paris médiéval sont beaucoup trop étroites pour envisager un espace réservé aux piétons. Le premier trottoir de Paris est aménagé en 1607 sur le Pont-Neuf, seul pont de l’époque à ne pas être couvert. Les Parisiens peuvent ainsi l’emprunter en sécurité tout en jouissant de la vue sur la Seine. Un second trottoir est construit en 1781 rue de l’Odéon menant au théâtre récemment construit. Au milieu du 19ème, les préfets Rambuteau puis Haussmann ordonnent de grands travaux pour la capitale, parmi lesquels le tracé de nouvelles voies, plus larges, en remplacement des anciennes rues. Le trottoir, indispensable à la survie du piéton, se généralisent enfin.

Photo en noir et blanc du Pont Neuf et de l'entrée de la Place Dauphine, avec des piétons et des charrettes au premier plan.
Le Pont Neuf en 1900

Les accidents

Les trottoirs, généralisés dès 1850, rendent la vie du piéton moins périlleuse, bien qu’ils demeurent souvent trop étroits. Le célèbre scientifique Pierre Curie meurt en 1906 sous les roues d’un fiacre pour être descendu du trottoir. Jusqu’au 19ème, le droit n’est pas du côté du piéton. Un cocher n’est responsable que si la victime est heurtée par les roues avant. Mais s’il est passé sous les roues arrière, il est considéré fautif d’avoir glissé. Autre tracas, les culs-de-sacs et rues sombres, repaires de brigands que l’apparition de l’éclairage urbain rendra moins menaçants.

Peinture représentant Pierre Curie se faisant renverser par un fiacre dans une rue de Paris.
L’accident de Pierre Curie

La convivialité

Les rues étroites favorisent la convivialité. Les piétons vont d’un trottoir à l’autre, se croisent. L’atmosphère est différente dans les grandes avenues, parcourues par une circulation intense. La raréfaction des commerces de proximité joue un rôle négatif. Les habitants d’un quartier ne sont pas anonymes chez le boucher ou le boulanger mais l’indifférence règne dans les grandes surfaces. Les boutiques dites d’exception, telles les galeries, la mode, les agences immobilières, n’attirent qu’une clientèle épisodique. Au 21ème siècle, les autorités s’efforcent de rétablir des espaces de convivialité dans les quartiers, avec la piétonnisation des rues, les rassemblements festifs tels la fête de la musique, les picnics, les brocantes et vide-greniers…

La rue des Martyrs et son marché, Paris 9.
rue des Martyrs

La promenade

Un chroniqueur rapporte en 1780 que « les parisiens ne se promènent pas, ils courent… ». Se promener dans Paris est pourtant une habitude ancienne. Les lieux varient selon les époques : Au 16ème, la rue Saint-Antoine dans le Marais, au 17ème la Place Royale, actuelle Place des Vosges, au 18ème le Palais-Royal, au 19ème les Grands Boulevards. Badaud est un mot d’origine provençale; « badar » signifie « regarder bouche bée; il est pourtant typiquement parisien. De nombreux artistes, tels Balzac, ont trouvé l’inspiration en sillonnant la capitale.

Peinture des Grands Boulevards au 19ème siècle, avec de nombreux promeneurs et une colonne Morris.
Les Grands Boulevards

Les passages couverts

Le succès des galeries du Palais-Royal, créées à la fin du 18ème, inspire les promoteurs. L’idée de faire des rues couvertes et réservées aux piétons germe dans les années 1800. Quelques décennies plus tard, Paris compte cent-cinquante passages. Ils sont longés de magasins et offrent divers services, tels toilettes, cafés, cireurs…Certains s’adressent à une clientèle aisée, tels les Véro-Dodat ou Vivienne, d’autres sont plus populaires. Leur succès est immédiat, l’apparition des grands magasins précipite leur déclin dans les années 1850.

Photo en couleur du passage Véro-Dodat avec ses devantures de boutiques et son plafond peint, Paris 1er
Passage Véro-Dodat

Les toilettes

Les premières toilettes publiques apparaissent dans les années 1830, à l’initiative du préfet de Paris Rambuteau. Elles sont réservées aux hommes, tenus responsables de la souillure des murs et des trottoirs. En métal et à l’air libre, elles sont pourvues d’eau courante, gratuites et…nauséabondes. Appelées d’abord Rambuteau, elles sont rebaptisées pissotières ou vespasiennes du nom de l’empereur romain Vespasien. Elles se généralisent et se diversifient sous le Second Empire, jusqu’à leur remplacement progressif dans les années 1960 par des sanisettes fermées.

Photo en couleur d'un urinoir ou vespasienne, en métal vert, sur un trottoir Boulevard Arago Paris 14ème
Dernière Vespasienne Bd Arago

Les éclairages

Le clair de lune est longtemps la seule source de lumière de la ville, et le piéton peut au mieux se munir de torches et de lanternes. Certains fichent dans le mur de leur maison des chandelles, ou placent des potences au coin de leur rue. L’éclairage public apparait au 17ème siècle, avec Louis XIV. Des chandelles, consistant en bougies protégées par des cages de verre, sont allumées aux carrefours, mais sont peu efficaces. Dans les années 1760, elles sont remplacées par des lampes à huile dotées de plaques de métal réfléchissant la lumière, et baptisées réverbères. Le gaz se développe dès 1830 malgré de nombreuses réticences (peur d’explosion, mauvaise odeur) et avec lui les becs de gaz actionnés par des allumeurs. L’électricité se généralise dans les années 1950.

Photo en noir et blanc d'un homme en uniforme en haut d'une échelle et allumant un réverbère, avec l'arc de Triomphe à l'arrière-plan, Paris 8ème.
Allumeur de réverbère

Les passages pour piétons

Ils existent déjà sous les romains de l’Antiquité, sous la forme de blocs de pierre posés. Mais ils n’apparaissent à Paris que dans les années 1920, avec les premières automobiles. Ils sont matérialisés par de gros clous en métal enfoncés dans la chaussée en deux rangées parallèles. Ils sont remplacés après 1960 par des bandes blanches, plus visibles, mais le terme « passage clouté » demeure dans le langage courant. Le premier feu rouge est installé en 1923, suivi dix ans plus tard des feux tricolores.

Photo en noir et blanc de trois ouvriers plantant des clous dans une rue parisienne, et des passants ainsi qu'un camion à l'arrière-plan.
Installation d’un passage clouté

Le mobilier urbain

Les premiers bancs consistent en des parties saillantes des boutiques et incitent au repos autant qu’à l’achat. Des bancs de pierre ou de bois apparaissent au 18ème siècle. Ils se multiplient avec la généralisation des trottoirs au 19ème. Les bancs haussmanniens, encore très présents dans Paris, sont en bois, composés de lattes fixées sur des montants en fonte. Les plus anciennes fontaines parisiennes connues datent du 13ème siècle. En 1870, un anglais richissime, Richard Wallace, est témoin de la pénurie d’eau potable dont souffrent les Parisiens, et fait installer des fontaines munies de gobelets. Elles portent son nom et son devenues un symbole de la capitale. Les cabines de téléphones publiques se multiplient dans les années 1960; les dernières sont démontées en 2017, détrônées par l’avènement du portable. Les colonnes Morris apparaissent en 1860 et informent les Parisiens sur les spectacles. Les premiers abris de bus datent des années 1960; l’entrepreneur Decaux y associe des panneaux publicitaires.

Photo de la Place Lévis, Paris 8ème, avec banc au premier plan et fontaine.
Place Lévis
Affiche des JO de Paris en 1924.

Histoire du sport à Paris

Le sport est une activité physique pratiquée pour le loisir. Il est prétexte au jeu, à la compétition, au spectacle. La reconnaissance de ses bienfaits sur la santé morale et physique ont contribué à sa démocratisation.

L’Antiquité

Les exercices physiques jouent un rôle essentiel chez les Grecs car ils préparent les hommes à la guerre. Les athlètes font de bons soldats. Ils s’entraînent au javelot, à la lutte, à la course… Ils sont nus, le corps enduit d’huile et de sable. Les pratiques sont documentées par les décors des vases et les pièces d’archéologie. Dans l’Empire romain, les citoyens prennent surtout soin de leur corps en fréquentant les thermes. Les peuples conquis fournissent des gladiateurs et des conducteurs de chars pour les spectacles du cirque.

Détail d'un vase grec représentant une scène de course. 530 avant J.C. Conservé au Metropolitan Museum, New York
Scène de course

Le Moyen Âge

Les jeux impliquant un exercice physique occupent une place importante. La joute et le tournoi sont réservés aux privilégiés et nécessitent un terrain spécifique. Le premier est un duel de chevaliers, le deuxième est sa version collective. Une assistance élégante assiste à ces affrontements. Le peuple s’adonne aux barres ou à la soule, jeux de balles qui peuvent se pratiquer sur un terrain vague. La chasse fait partie du quotidien.

Enluminure représentant une scène de joute rue Saint Antoine. Peint en 1389. Conservé à la BNF.
Joute rue Saint Antoine

La Renaissance et l’Ancien Régime

Les tournois cèdent la place aux courses de chevaux. La première a lieu à Paris en 1651, en présence du jeune Louis XIV. Un hippodrome est aménagé en 1775 dans la plaine des Sablons à Neuilly. L’équitation permet de perpétuer l’idéal chevaleresque. Ces évènements, réservés à la seule aristocratie, sont abolis à la Révolution. Napoléon les rétablit, considérant qu’ils sont bénéfiquent pour l’amélioration des races chevalines, et donc de la cavalerie. A la fin du 18ème, les premières théories hygiénistes prônent le mérite de l’exercice physique pour la santé.

Peinture d'une course de chevaux dans la cour du château de Versailles, à l'époque de Louis XIV.
Course de chevaux à Versailles

La guerre de 1914

Au front, les chefs militaires encouragent leurs troupes à la pratique d’exercices physiques entre deux batailles. Elle est un moyen pour les combattants de s’occuper et de tenter d’oublier pour un court moment les horreurs des tranchées. Ils font de la boxe, de la gymnastique et découvrent, initiés par leurs compagnons d’armes britanniques, le rugby et le football. Les habitudes sont prises. Réservé avant-guerre aux classes aisées, l’activité physique se généralise parmi les gens du peuple dans les années 1920.

Photo en noir et blanc d'un soldat faisant de l'exercice avec des altères de fortune faites d'une tige métallique et de deux troncs d'arbre. 1914.
Sport au front en 1914

L’anglomanie

De nombreux sports sont d’origine anglaise. Dès le 19ème siècle, les courses hippiques, très prisées chez les britanniques, sont l’objet de rendez-vous mondains à Paris. Le tennis, le golf, le croquet, le yachting, comptent parmi les pratiques venues d’Outre-manche. Le premier golf parisien est aménagé en 1856. Les régates sont un sujet de prédilection pour les impressionnistes. Le football et le rugby prennent naissance dans les universités de Grande-Bretagne. Enfin, à l’imitation des anglais, le port s’inscrit progressivement en France dans les programmes scolaires.

Photo en noir et blanc de la championne de tennis Suzanne Lenglen en 1922. Conservé à la BNF.
Championne de tennis en 1922

Les J.O de 1924

Les premiers jeux olympiques modernes ont lieu à Athènes en 1896. En 1900, Paris organise des jeux intitulés « concours internationaux de sports », mais ils sont éclipsés par l’exposition universelle qui se tient au même moment. Pierre de Coubertin, dont le nom est indissociable des J.O, encourage Paris à se porter candidate pour 1924. La France est en pleine reconstruction, les pertes humaines sont immenses et une partie du pays est en ruines. Le gouvernement voit dans ces jeux une occasion de restaurer l’optimisme et le prestige de la nation. La candidature est retenue et les épreuves se déroulent dans un stade existant à Colombes, banlieue proche de Paris. Un village olympique en bois est construit.

Gravure en couleur représentant la cérémonie d'ouverture de JO de 1924, dans le stade de Colombes, près de Paris
Cérémonie d’ouverture des JO de 1924

L’origine des sports modernes

La notion de sport en tant que divertissement émerge progressivement à la fin du 19ème. La plupart des disciplines proviennent d’activités auparavant utilitaires, souvent militaires. L’escrime est la version moderne du duel. Le tir à l’arc dérive de la chasse. Le tennis est issu du jeu de paume. Les sports collectifs sont un héritage des tournois médiévaux. L’équitation évoque les épopées chevaleresques du Moyen Âge. La boxe, le lancer de poids, le saut, la course, comptent parmi les nombreux entraînements militaires de la Grèce antique.

Photo d'une épreuve d'escrime aux JO de 2024.
Escrime aux JO de 2024

Le jeu de paume

Ancêtre du tennis, le jeu prend naissance dans les monastères dès le 13ème siècle et conquiert l’aristocratie avant de se populariser. Il se pratique au début à mains nues, puis avec un gant, et finalement avec une raquette. Le décompte par 15,30 et 40 est repris par le tennis. Un terrain aplani et balisé est nécessaire, avec une corde tendue en son milieu. Installations permanentes, couvertes et clôturées, les jeux de paume sont au nombre de 250 au 16ème siècle et font partie du paysage parisien. Leur configuration est adaptée aux représentations théâtrales et attirent des troupes au 17ème. Le plus célèbre exemple est le jeu de la rue Jacques Callot, occupé par la compagnie de Molière en 1643.

Dessin d'un jeu de Paume avec les deux joueurs vêtus de veste rouge et les spectateurs dans les tribunes. 16ème siècle
Jeu de paume au 16ème siècle

L’équitation

Le cheval est le principal moyen de locomotion en France jusqu’à la généralisation de l’automobile au cours du 20ème siècle. L’équitation est toutefois pratiquée comme loisir aristocratique dès le 16ème à Paris. Les cavaliers montent dans des manèges couverts, sur les Champs-Élysées et à partir du 19ème au Bois de Boulogne. L’hippisme est aussi un spectacle. Les courses se déroulent d’abord au Champs de Mars, mais le terrain est boueux et poussiéreux. Napoléon III crée les premiers hippodromes, avec pistes et tribunes. Ils se situent à l’Étoile (incendié dix ans après sa création), à Longchamp, à La Plaine (actuelle Place Victor Hugo), à Auteuil, Vincennes… Le champ de course est un lieu de mondanité où la haute société rivalise d’élégance, et un terrain de chasse pour les courtisanes. L’hippisme est aussi un rendez-vous populaire, avec à partir de 1887 l’apparition du Paris Mutuel Urbain (PMU) suivi du tiercé.

Peinture d'Egdar Degas intitulée "Le Défilé" représentant un champ de course. 1866. Conservé au Musée d'Orsay
Champ de course par Degas

Le cyclisme

L’ancêtre de la bicyclette voit le jour dans les années 1810. Les jeunes gens à la mode déambulent au Palais-Royal sur de lourdes draisiennes qui avancent à la force des jambes. Les pédales apparaissent quelques décennies plus tard, suivies du pneu à chambre à air. La première course est organisée en 1868 à Saint-Cloud, puis au centre de la capitale. Le vélodrome d’Hiver ouvre en 1910 près de la Tour Eiffel. Victime de vétusté et surtout lié aux évènements dramatiques de l’arrestation des juifs en 1942, connue sous le nom de « rafle du Vel’Hiv », il est détruit en 1959. La bicyclette devient un moyen de locomotion essentiel à partir de la Seconde guerre mondiale.

Photo du départ de la course Paris-Roubaix en 1907.
Départ du Paris-Roubaix, 1907

La natation

Pratique sportive dans l’Antiquité Grecque, le bain est ensuite proscrit pendant de longs siècles. Il est réhabilité au 18ème au nom de l’hygiène et de la santé. Une école de natation parisienne, réservée aux plus fortunés, est installée sur la Seine en 1786. Le premier bassin de nage couvert est inauguré en 1884 rue Château Landon, et a récemment bénificié d’une rénovation. De nombreuses piscines sont désormais classées. Celle de la Butte-aux-Cailles dans le 13ème date de 1924, la piscine de la rue de Pontoise de 1934, celle des Amiraux de 1927.

Photo en couleur du bassin de la piscine de Pontoise, Paris 5ème.
La piscine de Pontoise

Autres pratiques parisiennes

La tauromachie a un succès de courte durée. Dans les années 1800, deux arènes sont aménagées, près du Champs de Mars et dans le 16ème arrondissement, mais faute de fréquentation elles ferment après quelques années. Le patin à glace suscite un engouement au Second Empire. Il est pratiqué sur le lac du Bois de Boulogne. Le Palais de Glace, actuel théâtre du Rond-Point, sur les Champs-Élysées est inauguré en 1893. La course à pied est de plus en plus populaire. Le Marathon de Paris est créé en 1976, le Cross du Figaro en 1961. Les entreprises considèrent ces épreuves comme fédératrices, et les organisent régulièrement.

Gravure en couleur représentation des patineurs sur le lac du Bois de BOulogne, 1886.
Patinage au Bois de Boulogne

Paris a attendu un siècle pour accueillir de nouveau les J.O. 2024 comme 1924 ont été des moments d’union nationale et d’optimisme…

Détail de la coupole des Grands Lafayette Haussmann

L’art nouveau parisien

Apparu à la fin du 19ème siècle, l’Art nouveau révolutionne l’architecture européenne. Il est accueilli avec enthousiasme comme un art de la joie, un affranchissement de la règle, la fin de l’uniformité et du passéisme. Son succès est pourtant éphémère, la guerre de 1914 en sonne le glas.

Un art révolutionnaire

L’Art nouveau est international. Baptisé Modern style en Amérique, Jugendstil en Allemagne, Sécessionniste en Autriche ou Moderniste en Espagne, il rassemble des artistes animés par une volonté commune de révolutionner l’art. Tous adoptent les mêmes principes mais gardent leur personnalité et leur style. L’Angleterre ouvre la voie en 1893 avec l’exposition Arts and Craft qui prône le développement des arts décoratifs. En France, le mouvement est particulièrement dynamique à Nancy et à Paris.

Majolikahaus ou Maison des Majoliques par Otto Wagner, 1898, Vienne, Autriche
Maison des Majoliques à Vienne

Un vent de liberté

Haussmann a modernisé Paris dans de nombreux domaines, avec une amélioration du confort et de l’hygiène, une rationalisation du tissu urbain. Il harmonise les constructions, et crée des perspectives. Les façades d’immeubles sont soumises à des critères précis de gabarit et de planéité. Le répertoire décoratif est emprunté au 18ème siècle, l’innovation formelle n’est pas la priorité. Certains architectes se lassent de cette monotonie, et de ce passéisme. Ils sont à l’origine du mouvement Art nouveau qui refuse les références au passé et invente des formes inédites.

Photo en noir et blanc du boulevard Haussmann prise à l'aube
Boulevard Haussmann

Maîtresse Nature

La principale source d’inspiration de l’Art nouveau est la nature. La ligne droite et la symétrie sont bannies. Les fenêtres sont de tailles différentes, les murs ondulent. Les artistes suivent l’exemple du Japon avec ses formes organiques et son gout pour l’arabesque. Ils étudient minutieusement les plantes, les fleurs, les insectes…Un effet de jaillissement spontané envahi les façades, le monde végétal côtoie des figures féminines ondoyantes.

Façade d'immeuble par Jules Lavirotte, avec logia à colonnes et décor en céramique verte et beige, Paris 7ème
29 avenue Rapp

De nouveaux matériaux

Le progrès dans tous les domaines de l’industrie ouvre de nouvelles voies aux architectes de l’Art nouveau. La pierre perd son rôle prédominant au profit du fer, du grès, du stuc et de la céramique, moins onéreux. Les placages destiné à dissimuler des matériaux plus ordinaires sont abandonnés et les ornements superflus disparaissent, par souci de vérité et d’authenticité. L’architecte convoque les ferronniers, les céramistes, les tisseurs, les verriers, les ébénistes. L’artisanat est mis à l’honneur.

Vitrail en trois panneaux représentant un arbre et des oiseaux, par Gruber, conservé au Musée d'Orsay à Paris
Vitrail par Gruber

Viollet-le-Duc

Viollet-le-Duc, célèbre pour ses restaurations d’édifices gothiques, est le père du rationalisme en architecture. Référence essentielle pour les architectes de l’Art nouveau, il les encourage à exploiter toutes les innovations techniques au lieu d’en laisser le monopole aux ingénieurs. Selon ses principes, les éléments structurels, masqués par des parements de pierre dans l’architecture traditionnelle, sont laissés apparents. Les poutres métalliques sont visibles, les gouttières prennent la forme de tiges végétales, les poignées de porte se font reptiles…Le fonctionnel devient esthétique, le beau et l’utile ne font qu’un.

Poignée de porte en forme de lézard de l'immeuble de Jules Lavirotte au 29 avenue Rapp , Paris 7ème
poignée de porte

Samuel Bing

Samuel Bing est un marchand d’art qui donne son nom au mouvement et joue un rôle déterminant dans sa diffusion. Il importe dès 1871 des objets japonais, dont la ligne fluide et les formes issues de la nature sont une révélation pour les artistes français. En 1895, il se tourne vers les créations contemporaines et nomme sa galerie l’Art nouveau, affirmant sa volonté de se libérer du passé. En exposant des intérieurs complets, avec mobilier, vaisselle, tableaux, éclairage…il met à l’honneur l’artisanat. Les architectes entendent la leçon, et convoquent sur leurs chantiers tous les corps de métiers sans hiérarchisation; leurs édifices sont le fruit d’une collaboration harmonieuse.

Vase en marquetterie de verre de couleur mauve et vert,en forme de fleur, avec pied en bronze doré.
Vase Gallé

Hector Guimard

L’Art nouveau parisien est associé au nom d’Hector Guimard. Il est le plus audacieux de ses représentants. Ses immeubles d’habitations, situés dans le 16ème arrondissement, bousculent l’uniformité et l’alignement des façades existantes. Disciple de Viollet-le-Duc, il fait une autre rencontre décisive, celle de Victor Horta, chef de file de l’Art nouveau belge. Guimard est l’architecte le plus en vogue entre 1898 et 1904, année de ses premiers déboires professionnels. Ses entrées de métro et son Castel Béranger sont devenus emblématiques. Il réalise trois autres immeubles à Paris ainsi que plusieurs maisons et hôtels particuliers.

Salle à manger de la Maison Horta à Bruxelles, avec lustres en forme de fleurs, et carreaux de céramiques au mur.
Salle à manger de la Maison Horta

Le Castel Béranger

Situé au 14 rue La Fontaine dans le 16ème arrondissement, le Castel Béranger témoigne de l’inventivité inépuisable d’Hector Guimard. La commanditaire est une riche veuve qui souhaite faire une opération spéculative avec un immeuble de rapport destiné à la location. Soucieux de cohérence et d’unité, Guimard conçoit tout l’aménagement intérieur, dessine les moindres détails des tapis, papiers peints, poignées de porte, radiateurs…Il publie ses planches dans un recueil afin de promouvoir son talent. L’édifice est pour son auteur une véritable carte de visite et il y installe son agence. Achevé en 1898, il remporte un concours de la ville de Paris destiné à encourager la créativité et à rompre avec la monotonie haussmannienne.

Hall d'entrée avec panneaux de céramiques, fer forger et bois, au Castel Beranger, Paris 16ème
Hall d’entrée

Les stations de métro

Un concours est lancé pour les entrées de métro dont la première ligne ouvre en 1900 à l’occasion de l’exposition universelle. La notoriété du Castel Béranger est telle que Guimard est désigné d’office, sans avoir candidaté. Les stations doivent incarner la modernité et être suffisamment visibles pour les visiteurs venus du monde entier. La nature est l’unique source d’inspiration et chaque station est individualisée. Des feuilles géantes forment les balustrades, des branches encadrent les plaques émaillées, des verrières évoquent les ailes d’une libellule. De nombreuses stations ont hélas disparu.

Entrée du métro Porte Dauphine, avec verrière, par Hector Guimard, Paris 16ème
Station Porte Dauphine

Jules Lavirotte

Moins célèbre qu’Hector Guimard, Jules Lavirotte est l’auteur de plusieurs édifices Art nouveau parisiens. Son style se caractérise par l’usage du grès flammé, dont il recouvre entièrement ses façades à l’exception du soubassement en pierre de taille. Industrialisé par Alexandre Bigot, les carreaux de grès sont émaillés de couleurs vives, vertes, jaunes ou orangées, qui résistent au temps. Son chef d’oeuvre, situé au 29 avenue Rapp, est un immeuble de rapport divisé en appartements. Le décor est interprété comme un hymne à la fécondité avec des figures féminines ondoyantes; certains motifs sont des allusions érotiques, tel la feuille de la porte d’entrée.

Porte d'entrée en bois, verre et fer forgé , d'un immeuble construit par Jules Lavirotte, Paris 7ème
Entrée du 29 avenue Rapp

Les grands magasins

Ces nouveaux temples de la consommation adoptent l’Art nouveau, davantage pour le décor que pour les principes architecturaux. Le message de modernité et de joie du style est propice à attirer la clientèle. Les coupoles en verre coloré du Printemps et des Galeries Lafayette impressionnent encore aujourd’hui les visiteurs. Leur structure métallique, laissée apparente, évite les cloisons au profit d’un immense espace ouvert. Les luminaires sont en forme de fleurs, les rambardes des balustrades évoquent des feuillages. Moins célèbre, l’ancien Félix Potin, devenu Zara, rue de Rennes, surprend par sa tourelle à étages, aux allures de pièce montée.

Vue générale du magasins des Galeries Lafayette avec sa coupole de verre et ses étages, Paris 9ème
Galeries Lafayette

Les restaurants et hôtels

De nombreuses brasseries adoptent le style Art nouveau. Les matériaux utilisés, miroirs, céramiques, pâte de verre, donnent lieu à une profusion ornementale à moindre cout. Bofinger et Vagenende sont célèbres pour leur verrière, le bouillon Racine pour ses miroirs entourés d’arabesques. Lucas Carton, restaurant étoilé, a conservé ses panneaux de bois précieux exécuté par Louis Majorelle, ébéniste reconnu. Le décor de Maxim’s témoigne d’une grande exubérance, avec ses tonalités rouges. La façade ondulée du Céramic hôtel, oeuvre de Lavirotte, est couverte de grès flammé.

Salle à manger du restaurant Maxim's avec tapis à motifs floraux, Paris 8ème
Maxim’s

Un assagissement

L’art nouveau est dominé par de fortes personnalités, essentiellement Hector Guimard et Jules Lavirotte à Paris. La plupart des architectes de l’époque n’ont pas leur audace, et se contentent d’emprunter le vocabulaire ornemental qu’ils plaquent sur des façades traditionnelles. Les immeubles de Charles Plumet témoignent de cette appropriation superficielle avec ses immeubles de l’avenue Victor Hugo. Après 1905, Guimard lui-même s’assagit, l’hôtel particulier Mezzara ou la maison qu’il fait construire pour son usage personnel avenue Mozart présentent des façades uniformément grises, les lignes sont plus simples, les motifs végétaux ont disparu.

Façade de l'hôtel particulier dit Mezzara, avec parement en céramique beige, Paris 16ème
Hôtel Mezzara

Vers la modernité

L’Art nouveau est condamné à partir de 1914, surnommé « style Nouille », jugé sévèrement et considéré par les architectes comme une folie. Victime de ses exagérations, il lasse et passe de mode. Son succès fulgurant et bref était lié à une volonté de rompre avec un art passéiste, d’inventer une manière de construire révolutionnaire et des formes inédites. Il est toutefois le point de départ d’un renouveau, ouvre la voie vers la modernité. L’Art déco qui suit lui oppose ses lignes droites, mais poursuit l’idée d’une collaboration étroite entre architectes et artisans.

Palais de Chaillot avec plan d'eau au premier plan, Paris 16ème
Palais de Chaillot
Salle du restaurant le Grand Véfour avec son décor peint sous. verre et ses miroirs, Paris 1er

Histoire des restaurants parisiens

Cabaret, bouillon, café, brasserie, guinguette, bistrot…les appellations des lieux de restaurations publics parisiens sont variées et derrière chacune se cache une histoire. Les premiers apparaissent au moyen-âge et le terme de restaurant naît après la révolution.

Les tavernes

Dès le moyen-âge, les tavernes sont le principal lieu de rencontre des gens du peuple. Des tables et des bancs sont disposés dans une salle sombre. Le tavernier sert des boissons accompagnées de condiments qui aiguisent la soif, tels que des oignons et du hareng saur. Le vin, de qualité médiocre, parfois adouci à la craie, est servi au pot. Les bourgeois parisiens ne fréquentent pas les tavernes, mais les voyageurs de passage n’ont d’autre choix et doivent frayer avec une clientèle accoutumée à la saleté et à la grossièreté.

Peinture représentant un intérieur de taverne avec des hommes jouant aux cartes au premier plan, 17ème siècle
Scène de taverne

Les guinguettes

Les premières guinguettes apparaissent au 16ème siècle et sont situées à l’extérieur de Paris, dans les villages alentours tels Montmartre, Belleville, Ménilmontant. Au 19ème siècle, avec l’extension des limites de Paris, elles s’installent le long de la Marne et de la Seine. Ce sont des lieux de fête, de mariage, de convivialité, une occasion pour le peuple de la ville de danser au son d’un orchestre. A la différence des tavernes, l’atmosphère est familiale et « bon enfant ». Il y a une cour ou un jardin éclairés par des lampions. La plupart disparaissent dans les années 1960 avec l’urbanisation galopante, la pollution des rivières, et l’apparition de l’automobile qui ouvre d’autres horizons. La Closerie des Lilas, située sur l’ancienne route d’Orléans, est un superbe témoignage.

Peinture intitulée le Moulin de la Galette par Auguste Renoir, Musée d'Orsay
Le Moulin de la Galette

Les cabarets

Ils jouent un rôle majeur dans la sociabilisation et incarnent le Paris populaire. Les ouvriers qui habitent loin s’y restaurent, mais ils sont aussi le rendez-vous des prostituées, des voyous, et sont accusés d’encourager le vice et l’alcoolisme. Les lieux sont confinés, le décor rustique. Au service de repas s’ajoutent d’autres activités telles la vente de charbon, la location de charrettes et de chambres, parfois une scène de spectacle, une salle de bal ou de billard… Le service de « garnis à la corde » est destiné aux sans-logis, tolérés à passer la nuit dans la salle agrippés à une corde dont la détente les réveillera au petit matin. Au 19ème siècle, ils connaissent un âge d’or; certains sont fréquentés par des artistes et des bourgeois venus s’encanailler, et entrent dans la légende, tel le Chat noir à Montmartre.

Photo en noir et blanc de la salle du chat noir avec ses nombreux clients attablés.
Le chat noir en 1914

Les bouillons

Nés au milieu du 19ème siècle, les bouillons sont une conséquence des grands travaux d’Haussmann qui obligent la classe ouvrière à migrer loin du centre de Paris, dans les faubourgs. Les travailleurs ne peuvent plus rentrer chez eux et doivent prendre leur repas sur place. Ils peuvent apporter leur gamelle ou se restaurer dans l’un des nombreux bouillons qui leur proposent à bon marché un jus de viande. L’exode industriel éloigne progressivement le prolétariat de Paris et les bouillons perdent leur clientèle. La plupart ferment, d’autres s’embourgeoisent et se parent d’un décor donnant l’illusion du luxe avec des matériaux bon marché, tels les miroirs et la céramique. Il n’y a pas de vestiaire mais des patères et porte-bagages au-dessus des banquettes. Chartier, Vagenende et Racine sont d’anciens bouillons dont le décor est préservé et l’offre variée.

Intérieur du bouillon Chartier avec décor de céramique, miroirs et verrière Paris 9ème
Salle de Chartier

La naissance du mot restaurant

Le restaurant est une invention parisienne, née de la révolution. En 1789, les nobles renoncent à leur train de vie ou s’exilent. Leurs maîtres d’hôtel et personnel de cuisine, rôtisseurs, sauciers, pâtissiers, brutalement privés d’emploi, doivent vivre différemment de leur talent. Ils faisaient la réputation de la table de leurs maîtres, ils feront la notoriété de leur propre restaurant. Les plats sont présentés sur une carte et servis individuellement. Forts de leur savoir-faire, ils font découvrir à leurs clients le raffinement des maisons aristocratiques. La bourgeoisie n’avait nul endroit public ou prendre un repas, ne fréquentait pas les tavernes, et s’enthousiasme pour les restaurants.

Salle à manger du restaurant l'Ambroisie Place des Vosges à Paris
L’Ambroisie

Des lieux chics

Le succès des restaurants est immédiat. Plus fréquentables que les tavernes, ils permettent aux clients de choisir à la carte. Il font rapidement partie des plaisirs de la bourgeoisie. Elle y dine en fin d’après-midi, y soupe après le spectacle. En 1815, Paris compte trois mille restaurants, de la gargote au restaurant de luxe. Les plus chics ont pour adresse le Palais-Royal et les Champs-Élysées. De nombreux établissements témoignent aujourd’hui de cette époque. Le Grand Véfour et Le Doyen existent depuis la fin du 18ème siècle. En 1900 apparaissent Laurent, Prunier, Lapérouse, la Tour d’argent, Lucas Carton, qui demeurent de hauts lieux de la gastronomie parisienne.

Façade du restaurant Prunier, en mosaïque bleue Paris 16ème
Façade de Prunier

Les bistrots

Typiquement parisien, l’origine du mot bistrot viendrait du russe « bistro » qui signifie « vite ». Il serait apparu en 1814 lors du séjour des soldats cosaques à Paris. Échappant à la surveillance de leurs supérieurs, ils pénétraient dans les débits de boisson en criant au serveur « bistro, bistro », avalaient leur rasade et repartaient. Le bistrot est à l’origine un lieu d’apparence modeste, avec des prix modiques, jouissant d’une clientèle d’habitués dans une atmosphère conviviale. Les tables sont couvertes de nappes en papier, les plats généreux et traditionnels. Les bistrots du 21ème siècle ont conservé leur caractère, et font partie des particularités parisiennes.

Salle d'un bistrot parisien avec banquettes et miroirs.
salle de bistrot

Les brasseries

Après l’annexation de l’Alsace par l’Allemagne en 1870, de nombreux alsaciens s’installent à Paris. Certains étaient des brasseurs et importent leur savoir-faire dans la capitale. Ils ouvrent des établissements et proposent un large choix de bières. A la différence du restaurant, les brasseries proposent un service continu. Les plats typiques sont la choucroute et les huîtres, puis la carte s’est diversifiée. Le décor est soigné et l’ambiance décontractée. L’une des plus anciennes est fondée en 1877 par Lipp, elle est toujours une institution de Saint-Germain-des-Près. Mollard a conservé ses boiseries, mosaïques et décor en pâte de verre. La plus spectaculaire est Bofinger avec sa verrière et ses panneaux en marqueterie de nacre. Les brasseries authentiques se sont hélas raréfiées, et de nombreux établissements médiocres ont usurpé le nom.

Choucroute servie dans une cassolette
Choucroute

De l’étoilé au fast-food

L’offre de restauration à Paris est aujourd’hui très diversifiée et s’adapte à un mode de vie en perpétuel évolution. Vers 1850 la société Michelin publiait à l’adresse des conducteurs d’automobiles un guide qui recensait les garages et les adresses où se restaurer. Ses inspecteurs continuent de visiter les établissements incognito, accordant critiques ou éloges, et parfois des étoiles pour récompenser les virtuoses de la gastronomie. Les chaînes de restauration rapide se développent pour satisfaire les employés de bureaux pressés. La cuisine exotique est très présente, avec une prédilection pour l’Asie. Les offres vegan ou bio attirent les citadins soucieux d’une alimentation plus saine…

Salle du restaurant le Pain Quotidien, Paris 16ème
Pain Quotidien
Salle du café de la Paix avec colonnes, lambris et plafond peint, et guéridons avec dessus de marbre, Paris 9ème

Histoire des cafés parisiens

Les cafés parisiens sont mythiques et contribuent à la réputation de la capitale. Ils font partie du quotidien et participent à notre art de vivre. Ils ont conservé l’appellation du breuvage exotique introduit en France au 17ème siècle, mais la plupart se sont éloignés de leur vocation initiale. Certains ont toutefois gardé leur décor d’origine, et préservé l’atmosphère si particulière à laquelle ils doivent leur renommée.

La découverte du café

Le café pénètre en Europe par Venise. En 1643, un levantin tente d’en vendre à Paris sous forme de décoction, sans succès. Le breuvage est amer et soupçonné d’être toxique. En 1669 l’ambassadeur turc, en visite officielle à Versailles, offre à Louis XIV quelques plans de café. La boisson est appréciée du roi, et la mode se diffuse à la Cour. En 1672, un commerçant arménien, Pascal, installe un stand à la foire de Saint Germain et propose du café aux passants. Il s’installe ensuite sur les quais et engage un jeune sicilien à l’avenir prometteur, Francesco Procopio.

Gravure en noir et blanc représentant Louis XIV sur son trône recevant l'ambassadeur Ottoman, en 1669.
Le roi et l’ambassadeur

Procope, le premier café

En 1702, Procopio achète, grâce à ses économies, un local qu’il décore luxueusement. Situé en face du Théâtre Français, dans l’actuelle rue de l’Ancienne Comédie, le café accueille les spectateurs, auxquels se joignent comédiens, écrivains… Rousseau et Voltaire y travaillent, Diderot y conçoit son encyclopédie, Marat y imprime sa gazette. Avant la révolution, le lieu est surveillé par la police, et les habitués utilisent un langage codé pour critiquer à leur aise la religion et le roi. L’appellation de « garçon » pour désigner familièrement les serveurs vient des jeunes fils de Mr Procope que les clients interpellaient de la sorte. Le Procope fait désormais parti des circuits touristiques. Le décor évoque son glorieux passé; le papier peint est orné de symboles révolutionnaires, le bicorne de Napoléon est en vitrine.

Photo d'une salle du Procope avec décors révolutionnaires et portraits au mur, lustre au plafond, et tables dressées. Paris 6ème
Intérieur du Procope

De la taverne au café

Avant l’apparition des cafés, les seuls lieux de consommation de boissons sont les tavernes. Le vin est servi au pot, accompagné de condiments aiguisant la soif, oignons, hareng saur…Elles sont fréquentées par les gens du peuple, honnêtes travailleurs ou mauvais garçons. La consommation excessive d’alcool provoque des bagarres fréquentes. Les cabarets, qui s’adressent à la même clientèle, proposent boissons et plats à l’assiette, ainsi que d’autres services comme la location de charrettes et de chambres. La bonne société n’y a pas sa place, et nulle part où se retrouver. Les cafés répondent ainsi à une demande et suscite un engouement immédiat.

Peinture représentant l'intérieur d'une taverne avec des hommes fumant et buvant, dans les tonalités brunes, par David Teniers.
Intérieur de taverne, David Teniers

La clientèle

Dans les premiers cafés, au 18ème siècle, les bourgeois, les philosophes, les étudiants, les écrivains et les artistes se retrouvent. Malgré l’absence des gens du peuple, la clientèle est variée. Il n’y a ni vin, ni tabac, les clients sont sobres et l’atmosphère élégante. Les habitués s’animent lors de discussions interminables. Les idées révolutionnaires fermentent entre les murs des cafés. Les dames n’y pénètrent pas, mais se font volontiers servir par la portière de leur équipage. Au siècle suivant, l’offre sera diversifiée, du vin et des repas seront proposés.

Peinture représentant une réunion d'hommes politiques attablés dans la salle du Procope, avant la Révolution.
Réunion au Procope

Les services

Le café propose des boissons considérées comme distinguées car exotiques, et récemment importées en Europe. Le thé vient de Chine, le chocolat du Brésil et le café du Yémen et d’Éthiopie. Des liqueurs ainsi que des glaces et des pâtisseries sont également servies. Des commodités sont mises à la disposition des clients : toilettes, jeux de société, gazettes, puis des cabines téléphonique au 20ème siècle.

Comptoir d'un café parisien avec patisseries et à l'arrière plan vue sur la salle avec ses décors peints.
Comptoir de café

Le décor

Les intérieurs des tavernes et des cabarets étaient rustiques. Procopio a le génie de faire d’un local ordinaire un endroit très élégant. Les cafés doivent leur succès à l’atmosphère à la fois confortable et raffinée qui y règne. Les salles sont éclairées par des lustres en cristal. Les murs sont parés de grands miroirs et de toiles peintes. Le sol est en parquet de bois ou recouvert de tapis. Les dessus de tables sont en marbre. Les boissons sont servies dans des tasses en faïence ou porcelaine. La devanture sur rue doit également attirer le passant.

Intérieur du salon de thé Angelina avec paysages maritime peint sur le mur et guéridons couverts de marbre. Paris 1er
Chez Angelina

Le choix du quartier

Au début du 19ème siècle, il y a plus de quatre mille cafés à Paris. Ils se diversifient, comme leur clientèle. Les premiers étaient essentiellement dans le quartier latin, et fréquentés par les intellectuels. Le Palais-Royal devient rapidement un lieu de prédilection. Après la transformation de la capitale sous le Second Empire par Haussmann, les grands boulevards se parent de cafés, qui bénéficient de l’afflux de promeneurs et de la clientèle des nombreux théâtres. Montmartre, puis Montparnasse, deviennent à la mode et leurs cafés sont fréquentés par les artistes et la bohème. Au 21ème siècle, la plupart sont des lieux de brassage social, les ouvriers se retrouvent au comptoir pour un café matinal, les touristes prennent un petit déjeuner complet, les employés de bureaux optent pour le menu du jour à l’heure du déjeuner…

Gravure en couleur représentant la foule parisienne sur les Grands Boulevards le soir, en 1869.
Les Grands Boulevards

Les deux magots

Le café de la place Saint Germain des Près doit sa renommée aux nombreux hommes et femmes de lettre qui y trouvèrent l’inspiration tels Verlaine, Claudel, Kessel, Prévert, Breton. Sartre et Beauvoir s’y retrouvent, Picasso et Dora Maar s’y rencontrent. Il doit son nom aux deux statues de chinois adossées à un pilier de la salle. Le mot magot désigne une figure de chinois à l’allure pittoresque, grimaçante ou hilare. Réalisées au 19ème siècle par des artisans français, elles témoignent du goût pour les « chinoiseries » et de la condescendance des occidentaux à l’égard des asiatiques. Ces deux magots étaient à l’origine l’enseigne d’un magasin situé rue de Buci, spécialisé dans la lingerie de soie, d’où la référence à la Chine. La boutique fait faillite et le patron s’installe sur la place Saint Germain. Il est à nouveau contraint de fermer et vend le local à un café, lui abandonnant les deux magots.

Photo de la salle du café des Deux Magots avec les statues en bois des chinois adossées à un pilier, Paris 6ème
Les deux magots

Le Café Verlet

Une épicerie ouvre en 1880 au 256 rue du Faubourg Saint Honoré. Elle est spécialisée dans la torréfaction du café. La vente s’effectue sur le trottoir, devant la boutique, et l’odeur embaume le quartier. Mr Verlet reprend l’affaire en 1921. Son passé dans la marine marchande lui vaut une excellente connaissance des produits exotiques. Ses mélanges de cafés inventifs attirent les clients. Il aménage une salle élégante et confortable avec un premier étage pour accueillir les clients. Les tables sont des guéridons de bois, des miroirs agrandissent l’espace, une verrière permet un éclairage naturel. Le comptoir est en bois, le thé et le café présenté dans des boites métalliques, et les fruits confits dans des bocaux de verre.

Intérieur du café Verlet avec ses comptoirs en bois et bocaux de verre, Paris 1er
Comptoir du café Verlet

Le café militaire

Ouvert en 1762 rue Saint Honoré, l’établissement était réservé aux militaires. Il occupait le rez-de-chaussée d’une maison qui est détruite au moment des travaux d’Haussmann, en 1862, mais le décor est sauvegardé. Exécuté par l’un des plus grands architectes de son temps, Claude-Nicolas Ledoux, il est aujourd’hui conservé au Musée Carnavalet. Des lambris de bois peints ornés de bas-reliefs dorés recouvrent les murs. Le thème est militaire avec des trophées d’armes, d’étendards et de boucliers à têtes de méduses. Le café doit son succès immédiat au caractère exceptionnel de son décor.

Vue d'ensemble du décor du Café Militaire avec lambris en bois peint décoré de trophées. Musée Carnavalet, Paris
Lambris du Café Militaire

Le Café de la Paix

Inauguré en 1862 par l’impératrice Eugénie, il est rattaché au Grand Hôtel en bas duquel il se trouve. Situé en face de l’Opéra, il bénéficie de son public, auquel se mêlent les danseurs et ballerines. Au début du 20ème siècle, Serge Diaghilev, célèbre créateur des Ballets Russes, y réunit de grandes tablées avec la triste habitude de partir sans attendre l’addition… Le décor, de style Napoléon III, a été entièrement restauré récemment. Les différents espaces sont séparés par des colonnes, les murs sont couverts de lambris à décor végétaux, et les plafonds sont ornés de toiles peintes. Les dessus des guéridons sont en marbre, et le sol couvert d’une épaisse moquette.

Photo de l'intérieur du Café de la Paix, avec lambris et plafond peint.
Le Café de la Paix
Vue partielle des façades de la Place de Furstenberg, Paris 6ème

Le quartier de Saint Germain des Près

Au moyen âge, Saint Germain des Près est l’une des cités monastiques les plus importantes d’Europe. Célèbre pour sa foire annuelle, elle suscite, grâce à l’entreprise des moines bénédictins qui la gouvernent, un véritable foisonnement intellectuel et économique. Après la révolution et le départ des religieux, le quartier est investi par les philosophes des Lumières. Les existentialistes en font leur fief après la guerre. Les maisons d’édition, libraires et galeries d’art entretiennent encore cette effervescence culturelle.

L’église de Saint Germain des Près

Au 6ème siècle, l’évêque Germain fait édifier une basilique pour abriter de précieuses reliques. A l’écart du centre de Paris, au milieu des champs, elle est richement ornée de colonnes de marbres, mosaïques et toitures de cuivre. L’afflux de pèlerins est tel qu’au 9ème siècle, une importante cité monastique s’est développée autour de l’église, qui est entièrement reconstruite et complétée de nombreux bâtiments annexes. La partie la plus ancienne aujourd’hui conservée est le clocher, élevé vers l’an 1000. Le portail d’entrée est ajouté au 17ème. Les parties latérales, visibles de la rue de l’Abbaye, et le chevet, datent du 12ème siècle. A l’intérieur, les murs et la voute sont ornés d’un décor peint de couleurs vives au 19ème siècle par Hippolyte Flandrin.

Photo de l'intérieur de l'église de Saint Germain des Près, avec son décor peint en bleu et or, Paris 6ème.
Intérieur de Saint Germain des Près

Square Laurent Prache

Adjacent à l’église, le square abrite de précieux vestiges du moyen- âge. Quatre arcades sont soutenues par des colonnes très finement sculptées; elles appartenaient à une chapelle qui s’élevait à cet emplacement, et dont l’architecte serait Pierre de Montreuil, auteur de la Sainte Chapelle. Au milieu, la copie d’un buste en bronze représente Dora Maar, par Picasso. L’original était dans le square jusqu’à une nuit de mars 1999 où il fut dérobé. Retrouvé par hasard, il est désormais au musée Picasso.

Photo du Square Laurent Prache, avec un buste en bronze de Dora Maar par Picasso à droite, et des vestiges gothiques au fond, Paris 6ème
Square Laurent Prache

Place de Furstenberg

Au 17ème siècle, le cardinal de Fürtenberg qui dirige le domaine de Saint Germain des Près se fait édifier un palais de brique rouge et de pierre, situé rue de l’Abbaye. Afin de donner plus de prestige à sa demeure, il aménage une cour d’accès, l’actuelle Place de Furstenberg. Les bâtiments de deux étages qui la bordent correspondent aux écuries et communs. Au 4 de la rue Fursteberg, un pilier orné d’un vase appartenait au portail d’entrée du domaine. Au centre de la place s’élève un lampadaire orné de motifs végétaux typique des années 1900. A l’ouest se trouve le dernier atelier du peintre Eugène Delacroix, aujourd’hui transformé en musée.

Photo de la façade sur jardin du musée Delacroix, Paris 6ème
Musée Delacroix

Rue Jacques Callot

Reliant la rue de Seine à la rue Mazarine, elle est bordée de galeries et de cafés, dont le célèbre « la Palette », rendez-vous des marchands d’art et des touristes. Au n°1 s’élève un immeuble de béton typique des années 1930 qui abrite des ateliers des Beaux-Arts. En 1600, un jeu de paume était installé à l’emplacement de la rue; il est converti en salle de théâtre par les comédiens de Molière en 1672. Mais ils reçoivent l’ordre de quitter le lieu en 1687 de crainte qu’ils n’exercent une mauvaise influence sur les étudiants du collège des Quatre Nations qui vient d’ouvrir ses portes à quelques mètres.

Vue de la façade en béton et verre des ateliers d'architecture des Beaux Arts, rue Jacques Callot, Paris 6ème.
Ateliers d’architecture

Rue Visconti

Percée en 1540, elle est l’une des rues les plus étroites de Paris. En contrebas de la Seine, elle fut fréquemment inondée, comme le rappel son ancien nom « Marais Saint Germain ». Des protestants y trouvent refuge durant les guerres de religion. Le jeune Balzac installe une imprimerie au n°17, qui fit rapidement faillite. En 1962, l’artiste Cristo érige durant la nuit une barricade de barils de pétrole à l’entrée de la rue. L’installation, intitulée « rideau de fer » par l’artiste, évoque le mur de Berlin et dénonce l’expansion économique mondiale. Elle est démontée par la police à l’aube, mais reste un fait marquant de l’histoire de l’art.

Photo de l'installation de l'artiste Cristo, "Rideau de Fer", en 1963, une superposition de barils de fer barrant la rue Visconti, Paris 6ème.
Le rideau de fer

École des Beaux-arts

Au 17ème siècle s’élevait à son emplacement le couvent des Petits Augustins. En 1789, les religieux sont expulsés et le bâtiment laissé vacant, jusqu’à l’intervention d’Alexandre Lenoir. Il s’est donné pour mission de sauver les oeuvres appartenant à l’église ou à la noblesse et menacées, en les mettant à l’abri dans l’ancien couvent qu’il nomme « musée des Monuments Français ». Fermé en 1816, l’édifice est détruit, et remplacé par l’école des Beaux-arts. Située dans l’axe de la rue du même nom, elle occupe désormais une grande parcelle de terrain entre la rue Bonaparte et le Quai Malaquais. La façade rue Bonaparte est une transposition d’un palais de la renaissance italienne : un vaste parallélépipède rythmé de demi-colonnes, de pilastres et de fenêtres cintrées. Héritière des académies fondées par Louis XIV, l’école est placée sous la tutelle du ministère de la culture et forme des artistes de haut niveau.

Vue partielle de la façade de l'École des Beaux-Arts, Paris 6ème
École des Beaux-Arts

Institut de France

Le Collège des Quatre Nations est fondé par le Cardinal Mazarin, et achevé par le jeune Louis XIV, avec pour vocation d’offrir une éducation aux jeunes gens issus des nations récemment rattachées à la France. Le projet est confié à Le Vau, célèbre architecte du château de Versailles. La façade s’ouvre sur la Seine, face au Louvre. L’église à coupole est encadrée de deux ailes en arc de cercle prolongées par des pavillons. Fermé sous la révolution, transformé en prison, le collège devient Institut de France sous Napoléon 1er, avec pour mission de soutenir les Arts et les Lettres. Les sciences, la littérature, la politique, les beaux-arts et l’Académie française, sont les disciplines que le bâtiment abrite désormais.

Photo de la façade de l'Institut de France, côté Seine, Paris 6ème
Institut de France

Cour du Commerce Saint-André

Le passage est ouvert en 1776 à l’emplacement des fossés des remparts de Philippe-Auguste, dont une tour est encore visible dans la salle du restaurant situé au n°4. Son sol est irrégulièrement pavé de cubes de pierre. Il est longé de restaurants et de magasins d’artisanat, signalés par des enseignes à l’ancienne. En 1789, un menuisier installé au n°9 reçoit une commande du docteur Guillotin; la machine ambitionne « d’humaniser la peine de mort » en ne laissant qu’une douce sensation de fraîcheur sur le cou; elle est testée avec succès sur des moutons… La terrasse du plus ancien café de Paris, le Procope, est au n°5; il ouvre ses portes en 1689, et ses habitués se nomment Rousseau, Voltaire, puis Balzac et Verlaine…

Terrasse du Café Procope, Cour du Commerce Saint André, Paris 6ème
Le Procope

Cour de Rohan

L’accès à l’un des lieux les plus secrets du quartier se fait par la petite rue du Jardinet. Dans une atmosphère presque champêtre s’élève un bâtiment de pierre et brique datant du début du 17ème siècle; c’est l’ancien hôtel des archevêques de la ville de Rouen, d’où le nom de Rohan. Dans un renfoncement se trouve un puit dont la margelle a disparu, mais qui a conservé sa poulie. Un montoir en fer forgé appelé « pas de mule » permettait aux dames de monter sur leur cheval. Dans une cour adjacente, des pilonnes de pierre évitaient aux équipages de heurter les murs. L’endroit a inspiré le peintre Balthus qui avait installé son atelier.

passage vers la Cour de Rohan, Paris 6
Cour de Rohan

Marché Saint Germain

Inspiré de l’architecture italienne, le bâtiment carré à la toiture en tuiles est entouré d’une galerie délimitée par des arcades. A cet emplacement se tenait au Moyen-âge la foire de l’abbaye de Saint Germain, fermée à la révolution. Napoléon 1er souhaite redonner au lieu sa vocation d’origine, et fait construire un marché alimentaire. L’architecte Blondel en charge du projet prend le modèle de la basilique romaine antique. Devenu inadapté, l’édifice est laissé à l’abandon et en 1975 sa destruction et son remplacement par un complexe moderne est envisagé. Une association attire l’attention sur son intérêt historique, et obtient sa sauvegarde. Après une restauration massive, le marché a retrouvé son aspect originel. Il abrite des stands alimentaires ainsi que des services municipaux de proximité tels une crèche, un auditorium, une piscine.

Photo de l'extérieur du marché Saint-Germain en fin de journée, Paris 6ème
Marché Saint Germain

Square Félix Desruelles

Il est adossé à l’église Saint-Germain-des-Près et offre une vue dégagée sur l’un de ses côtés. Au centre se dresse une statue en bronze de Bernard Palissy; céramiste du 16ème siècle, il est représenté tenant l’une de ses oeuvres, et son four derrière lui. Au fond s’élève le mur du pavillon réalisé pour la manufacture de Sèvres à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900. Entièrement en grès émaillé, il est orné de motifs géométriques et végétaux; au centre une femme représente le feu, entourée de petits artisans affairés à la production de la céramique. Remonté à cet emplacement, le mur a échappé à la destruction à laquelle étaient vouées la plupart des oeuvres présentées aux expositions.

Photo du mur de grès depuis le Square Félix Desruelles, Paris 6ème
Square Félix Desruelles

Café des Deux Magots

Face à l’église Saint-Germain-des-Près, l’établissement doit sa renommée aux nombreux hommes de lettres qui le fréquentèrent, tels Verlaine, Claudel, Kessel, Prévert, Hemingway, Breton; Sartre et Beauvoir s’y retrouvent, Picasso y rencontre Dora Maar. De nombreuses célébrités du monde des arts y ont aujourd’hui leurs habitudes. L’établissement doit son nom à deux statues adossées contre un pilier à l’intérieur. Le nom « magot » désigne une figure de chinois à l’allure pittoresque, grimaçante, en vogue au 19ème siècle en Europe, et qui témoigne d’une vision condescendante des occidentaux pour les asiatiques. Les deux personnages étaient à l’origine l’enseigne d’un magasin situé rue de Buci et spécialisé dans la lingerie de soie, d’où la référence à la Chine. La boutique fait faillite et le patron déménage place Saint Germain des Près. Il est à nouveau contraint de fermer, vend le local à un cafetier, et lui abandonne les deux magots.

Vue nocturne de la terrasse du café les Deux Magots, Paris 6ème
Les Deux Magots
Photo de la façade du théâtre de l'Odéon, Paris 6ème.

Le théâtre de l’Odéon

L’histoire du théâtre de l’Odéon est mouvementée. Victime d’incendies, d’occupations, de faillites, il est aujourd’hui l’un des pôles de la création artistique européenne. « L’Odéon ne peut vivre ni mourir, c’est là son défaut. Ses crises ne durent pas longtemps. Le moribond ressuscite. Il ouvre mais c’est pour fermer; il ferme mais c’est pour rouvrir » déclare Théophile Gautier.

Une salle pour la Comédie Française

En 1680, Louis XIV accorde à la troupe de Molière le monopole des représentations théâtrales, et la nomme officiellement « Comédie Française ». Elle s’installe au 14 de l’actuelle rue de l’Ancienne Comédie, dans le 6ème arrondissement de Paris. Un siècle plus tard, elle se voit attribuer le premier « théâtre monument » de Paris, futur Odéon.

Illustration d'une représentation du Malade Imaginaire à l'époque de Molière.
Scène du Malade Imaginaire au 17ème

La construction du théâtre de 1780 à 1782

L’architecte Marie-Joseph Peyre est un admirateur de l’architecture grecque et romaine antique. Le bâtiment est conçu à la manière d’un temple à Apollon, dieu des arts. Il est empreint d’une sévérité et d’une austérité typique du néo-classicisme. Le corps de bâtiment, cubique, est précédé d’un péristyle et surmonté d’un toit pyramidal. Les fenêtres sont percées à même le mur, sans encadrement. Le décor est limité à des refends et de simples motifs géométriques. L’inauguration par la reine Marie-Antoinette a lieu en 1782. Les succès est immédiat avec la création du Mariage de Figaro de Beaumarchais.

Gravure du théâtre de l'Odéon en 1780. Conservée au Musée Carnavalet.
L’Odéon en 1780

L’accueil du public

L’isolement du théâtre au centre de la place facilite l’accès. Les arcades de la façade sont numérotées afin que les maîtres et les domestiques puissent se retrouver facilement à la sortie. Le vestibule planté de colonnes doriques s’ouvre sur deux escaliers symétriques qui conduisent au foyer. Les loges des spectateurs sont confortables. L’Odéon est la première salle parisienne à prévoir des bancs pour asseoir les spectateurs du parterre.

Photo de la cage d'escalier du théâtre de l'Odéon.
Escalier du théâtre

Une mise en scène urbaine

Les salles de théâtre existantes étaient intégrées et dissimulées dans des structures préexistantes. L’Odéon est la première à bénéficier d’un bâtiment à part entière, qui s’inscrit dans le paysage de la ville. Une place est créée pour le mettre en valeur. Semi-circulaire, elle est fermée au sud par la façade principale du théâtre et délimitée par des immeubles, tous identiques, construits sur les dessins de Peyre. Leur hauteur est proportionnée au théâtre. La rue de l’Odéon est placée dans l’axe. Elle est dotée de trottoirs et de caniveaux afin de répondre aux nouvelles exigences de sécurité et d’hygiène du public.

Photo du théâtre de l'Odéon vue de la rue de l'Odéon, en 1870.
Le quartier de l’Odéon en 1870

Un théâtre ouvert sur la ville

Des arcades marchandes sont aménagées autour du théâtre. Libraires, papetiers, maroquiniers, confiseurs, marchands de musique, écrivains publics et cabinets de lecture, bénéficient de la clientèle de l’Odéon. Des arches enjambent les rues et facilitent l’accès aux spectateurs en les protégeant des intempéries. Des cafés attirent les spectateurs ainsi que les étudiants du proche Quartier Latin.

Lithographie des galeries marchandes sous les arcades de l'Odéon.
Galeries marchandes

Dans la tourmente de la révolution

En 1789 l’Odéon est rebaptisé Théâtre de la Nation. Mais le choix des pièces, jugé réactionnaire, entraîne la fermeture de l’établissement et l’emprisonnement des comédiens en 1793. Un an plus tard, le comité de Salut Public réouvre l’établissement sous le nom de théâtre de l’Égalité, « pour et par le peuple ». Loges et balcons sont enlevés au profit d’un grand amphithéâtre plus égalitaire. Six mois plus tard, les rassemblements politiques tumultueux qui agitent le théâtre conduisent à une nouvelle fermeture.

Dessin d'un homme assis encaissant les recettes, entouré de deux autres employés.
La caisse du théâtre

Apparition du nom Odéon

Un citoyen obtient la concession du théâtre, laissé à l’abandon, en 1796. Il souhaite en faire une institution d’enseignement dramatique sur le modèle de l’Odéon d’Athènes. Le manque de rentabilité du projet le contraint à résilier la concession en 1799. Seul le nom Odéon survit à cet épisode. Un mois après cette nouvelle fermeture, un incendie dévaste le bâtiment. Il reste à l’état de ruine jusqu’en 1807. Les comédiens rejoignent la salle Richelieu, Place du Palais-Royal.

Gravure en couleur de l'incendie du théâtre de l'Odéon en 1807. Conservé au musée Carnavalet
Incendie de 1807

La décision de Napoléon

En 1808, Napoléon cède le théâtre en ruine au Sénat, et lui impose ainsi habilement la charge de la restauration. Le chantier est confié à Chalgrin, architecte du Sénat et de l’Arc de Triomphe. Il reconstruit le théâtre à l’identique.

Projet pour l'arc de Triomphe de Paris. Dessin de l'architecte Chalgrin.
Projet pour l’arc de Triomphe

Un nouvel incendie en 1818

L’Odéon est à nouveau ravagé par les flammes en 1818. Les parties en pierre, façades, couloirs, escaliers, foyer et loges, sont épargnées, mais la charpente s’effondre. La reconstruction est confiée à Baraguey. L’architecte reste fidèle à l’aspect extérieur d’origine, mais supprime les arcades de liaison avec les rues voisines. Le décor intérieur est transformé radicalement pour répondre à de nouvelles contraintes de sécurité, dont un mur coupe-feu. Le théâtre doit à nouveau fermer en 1848 pour raisons financières, malgré de grands succès portés par de célèbres comédiennes telles Rachel ou Marie Dorval.

Dessin de l'incendie du théâtre de l'Odéon en 1818 par Périel. Conservé à la BNF.
Incendie du théâtre en 1818

L’aire Malraux

En 1959, le théâtre est confié au comédien Jean-Louis Barrault par André Malraux, sous le nom de Odéon-Théâtre de France. Le plafond est démonté pour être remplacé. Le projet est réalisé par le peintre André Masson. Inauguré en 1965, il a pour thème Apollon, illustré par des figures de la tragédie et de la comédie. Un an plus tard, la représentation des Paravents de Jean Genet, évocation à peine masquée de la guerre d’Algérie, suscite le scandale. En 1968 le théâtre est envahi par les contestataires et dévasté.

Photo du plafond peint par André Masson de la salle de spectacle, peint
Plafond d’André Masson

La vocation de l’Odéon

Dès 1970, le travail de l’Odéon s’oriente vers la recherche. En 1990 il est nommé Théâtre de l’Europe. Sa mission aujourd’hui est de mettre en valeur la production dramatique européenne en invitant des troupes étrangères. De nombreuses pièces sont jouées dans la langue d’origine avec des sous-titrages français.

Affiche de la pièce The Confessions d'Alexander Zeldin, à l'Odéon.
The Confessions, pièce anglaise.

La naissance des Ateliers Berthier

D’importants travaux contraignent l’Odéon à la fermeture de 2002 à 2006 : désamiantage et climatisation de la salle, modernisation des installations techniques, restauration des foyers. Une salle de secours est ouverte afin de permettre la poursuite de l’activité théâtrale. C’est un entrepôt de décors situé boulevard Berthier, en périphérie de Paris, avec des espaces modulables. Le lieu est officiellement attribué à l’Odéon comme deuxième salle en 2005. La programmation a désormais lieu dans les deux sites.

Photo de la façade des Ateliers Berthier
Façade des Ateliers Berthier
Dessin de Lutèce dans la bande dessinée d'Astérix par Uderzo.

Les vestiges de Lutèce

La Gaule devient romaine en 52 av.J.C, à l’issue des victoires militaires de Jules César. Lugdunum (Lyon) est choisi comme capitale. Lutèce n’est qu’une ville secondaire, que la Seine rend favorable au commerce. Equiper toutes les villes de l’Empire des commodités de la vie romaine est un moyen de diffusion culturel et fait partie de la stratégie de colonisation de Rome. Un vaste chantier démarre à Lutèce, avec la construction d’un forum, de théâtres, de thermes, d’un système d’approvisionnement en eau, d’égouts, de rues pavées…

Un plan d’urbanisme

L’île de la Cité abrite le centre administratif de Lutèce, et la ville se développe sur la rive gauche, autour de l’actuelle Montagne Sainte Geneviève. La rive droite est pratiquement inoccupée. Les romains appliquent le plan quadrillé commun à toutes leurs cités. L’axe principal est appelé Cardo. Il traverse la ville du nord au sud en son milieu et correspond à l’actuelle rue Saint Jacques. La Seine constitue la principale voie est/ouest. Toutes les rues sont pavées de larges dalles. Au 19ème siècle, le Baron Haussmann reprend les tracés romains pour de nombreuses artères.

Dessin reconstituant une vue panoramique de Lutèce avec les arènes et le forum
Vue panoramique de Lutèce

Le Forum

C’est le centre politique, administratif et religieux d’une ville romaine. Celui de Lutèce est construit à la fin du 1er siècle à l’emplacement de l’actuelle Place du Panthéon. Il consistait en une grande place rectangulaire de 90 sur 180 mètres autour de laquelle s’élevait un temple dédié aux principaux dieux et à l’empereur. Une basilique civile se trouvait à l’opposé. Une galerie abritant des petites boutiques entourait le forum. Abandonné au 4ème siècle, à la chute de l’empire, l’ensemble sert de carrière de pierre; des blocs de réemploi sont retrouvés dans l’île de la Cité. Des ruines subsistent jusqu’au Moyen Age, une partie est intégrée à l’église des Jacobins. D’autre sont mises à jour en 1980 lors de la construction d’un parking rue Soufflot.

Reconstitution en 3 dimensions du forum et des rues voisines.
reconstitution du forum

Les thermes

Présentent dans toutes les villes de l’empire, elles sont un témoignage de l’importance de l’hygiène pour les romains. Les soins du corps se déroulent dans des pièces spécifiques suivant un itinéraire allant du froid au chaud. Lutèce possédait au moins trois thermes. Les plus importantes par leurs dimensions et leur état de conservation sont celles de Cluny, dans le 5ème arrondissement, construites à la fin du 2ème siècle. Elles tombent en ruine progressivement après la chute de Lutèce. Certaines parties doivent leur survie à leur réutilisation. Le frigidarium (salle froide) a servi d’atelier d’artisan. Sa voute de 14 mètres est encore visible et des traces d’un décor très colorés sont mises à jour récemment. En sous-sol, les salles techniques sont en partie préservées; les esclaves y assuraient le bon fonctionnement des thermes. La voie d’accès à l’établissement était longée de nombreuses échoppes vendant poudre, onguents, parfums…dont certaines fioles en verre ont été retrouvées.

Reconstitution à l'aquarelle des thermes de Cluny avec les murs couverts de décors peints.
Reconstitution du frigidarium

Les arènes

Construites à la fin du 1er siècle, les arènes de Lutèce sont de dimensions exceptionnelles. Quinze mille personnes pouvaient assister à des combats de gladiateurs, d’animaux sauvages, de représentations théâtrales en l’honneur des dieux ou de l’empereur. Elles sont en partie démantelées à partir du 4ème siècle; des pierres sont réemployées pour le rempart de l’île de la Cité. Au Moyen Age, leur emplacement exact est oublié. Le percement de la rue Monge dans les années 1860 met à jour d’importants vestiges. Le site échappe alors de justesse à la destruction prévue par la Compagnie des Omnibus, grâce à la société des amis des arènes, dont Victor Hugo se fait le porte-parole. Elles sont entièrement restaurées au début du 20ème siècle. Des éléments sculptés sont conservés au Musée Carnavalet.

Photo des arènes de Lutèce au soleil couchant
Arènes de Lutèce

La crypte archéologique

La construction d’un parking sous le parvis de Notre-Dame en 1962 est interrompue par la découverte d’importants vestiges romains. L’élément le plus spectaculaire est un mur long de 18m et haut de 4m, en pierre et briques rouges; les archéologues avancent l’hypothèse d’un entrepôt portuaire. Des traces d’un port de commerce et de thermes sont découvertes. La présence de luxueuses habitations est attestée par des bases de colonnes. Les restes d’un rempart sont également attestés. Le site est ouvert au public en 1980.

Photo en noir et blanc du chantier de fouille sur le parvis de Notre Dame en 1962
Chantier de fouille en 1962

Les maisons

Sur la montagne Sainte Geneviève (autour de la Place du Panthéon) le creusement du sol pour des travaux d’urbanisme ont révélé de précieux indices sur la vie quotidienne à Lutèce. Des débris de tuiles et murs informent sur l’aspect des maisons. Des fragments de peintures murales illustrent la vie quotidienne. Des restes d’aliments et des fragments de vaisselle révèlent les habitudes alimentaires. La plupart de ces découvertes sont conservées au Musée Carnavalet.

Photo d'une reconstitution d'un intérieur de maison romaine, avec ses fresques murales.
Intérieur romain

La nécropole

L’aménagement d’un accès au RER Port-Royal en 2023 a mise à jour une cinquantaine de squelettes sur une parcelle de 200m2. Le chantier de fouille se situe à la sortie du métro. Les cercueils étaient en bois et ont disparu mais les traces des planches demeurent ainsi que les clous. De nombreux dépôts funéraires ont été exhumés : récipients en céramique ou verre, clous de souliers, objets liés à l’habillement tels que fibules, épingles, ceintures, ainsi que des bijoux, des pièces de monnaies…Il existait plusieurs nécropoles, celle-ci, dite Saint-Jacques, était la plus importante. Elle avait déjà fait l’objet de fouilles en 1860, lors des grands travaux de Paris. Les archéologues de l’époque se contentaient de récolter les objets importants pour les présenter dans un musée, sans véritable interprétation. La nécropole était en dehors de Lutèce, selon la règle romaine qui interdisait de mêler le monde des vivants et celui des morts.

Vue du chantier de fouilles depuis le trottoir du boulevard Saint Michel, Paris 5ème
Accès Boulevard Saint Michel

L’aqueduc

Lutèce, comme toute ville romaine, consomme beaucoup d’eau. Les fontaines et les thermes sont nombreux. L’eau provient de sources situées au sud de Paris, dans les vallées de la Bièvre et de la Marne. Un aqueduc est construit, long de 28km, son parcours est connu jusqu’à l’entrée de la ville. Une canalisation recouverte de terre et de dalles de pierre contribue à acheminer l’eau; une portion est découverte dans le 14ème arrondissement en 1996.

Fragment d'une conduite de l'aqueduc romain de Lutèce, 2ème ap.JC, dans le 14ème arrondissement.
Fragment de conduite de l’aqueduc

Dessin en couleur représentant l'Observatoire et ses alentours, vue du ciel.

L’Observatoire de Paris

Créé il y a plus de 450 ans par Louis XIV, l’Observatoire de Paris est le plus vieil au monde encore en activité. Modernisé au fil des siècles, il a pour mission la recherche et l’enseignement. Il incarne, avec celui de Meudon, l’excellence de l’astronomie française.

Le dessein de Louis XIV

L’astronomie a des applications concrètes dans de nombreux domaines, tels la cartographie et la mesure du temps. Le roi voit dans son développement un double intérêt économique et militaire. Les cartes existantes, par leurs inexactitudes, lui ont fait perdre des guerres et freiné les échanges commerciaux. Son ministre Colbert fonde l’Académie des sciences en 1666. Le chantier de l’Observatoire démarre un an plus tard.

Peinture représentant Louis 14 visitant l'Observatoire, en présence de Colbert et des membres de l'Académie des Sciences. Conservé au Château de Versailles.
Louis XIV visite l’Observatoire

Le difficile choix de l’emplacement

Le terrain est situé Faubourg Saint-Jacques, hors du Paris de l’époque. Entouré des jardins des couvents voisins, légèrement surélevé, il offre un horizon dégagé. Mais le sol est miné par les anciennes carrières de pierre, et doit être consolidé. Le chantier est confié à Claude Perrault. Moins célèbre que son frère Charles, l’auteur des contes, il est choisi pour ses compétences hors du commun. Il n’est pas seulement architecte (auteur de la colonnade du Louvre) mais physicien et médecin.

Gravure ancienne de la façade de l'Observatoire et de ses alentours au 17ème siècle.
L’Observatoire sous Louis XIV

Un édifice sobre et puissant

L’édifice de pierre blanche consiste en un parallélépipède flanqué de tours octogonales et surmonté d’une terrasse entourée d’une balustrade. Percé de fenêtres semi-circulaires, il s’élève sur deux étages. L’ensemble est austère, le décor est limité. Des bas-reliefs représentent des instruments de mesure utilisés en astronomie et des globes.

Photo en couleur de l'Observatoire de Paris, vue de la façade.
Façade de l’Observatoire

Un lieu pour les savants

L’Observatoire est régi jusqu’à la Révolution par une dynastie de savants, les Cassini. Associé à la monarchie, l’établissement connait ensuite une période de tourmente. Sous l’Empire, il est confié au bureau des longitudes. Lavoisier y mène une partie de ses recherches. Le célèbre Etienne Arago en prend la direction de 1843 à 1853 et lui donne un véritable élan. Depuis, les installations sont sans cesse mises à jour, afin d’accompagner les nouvelles découvertes.

Peinture représentant Lavoisier assis à sa table de travail, son épouse débout à ses côtés, par J.L David.
Portrait de Lavoisier

La cartographie

Dès l’Antiquité, les cartes sont élaborées à partir de la position des astres. Le principal objectif de l’Observatoire, à sa création, est de permettre aux astronomes une observation efficace du ciel, afin d’améliorer la mesure du temps et surtout celle de la surface terrestre. Louis XIV leur donne aussi pour mission de dresser une carte de toute la France. Elle ne sera cependant précise qu’au milieu du 18ème siècle. Devenue une référence historique, elle est intitulée Cassini du nom de son auteur.

Gravure en couleur d'un astronome égyptien observant le ciel, entouré d'instruments scientifiques.
Astronome de l’Antiquité

Les méridiens

Ce sont des lignes imaginaires qui relient le pôle Nord au pôle Sud. Il y en a 360, matérialisés sur les mappemondes. Claude Perrault a pour consigne de concevoir pour l’Observatoire un plan symétrique par rapport à un axe Nord-Sud désigné comme méridien de Paris. Longtemps défini comme méridien de référence nationale ou méridien 0°, à partir duquel les mesures sont effectuées, il est détrôné par celui de Greenwich en 1884.

Mappemonde avec lignes méridiennes et parallèles
méridiens et parallèles

Les unités de mesure

Le mètre devient l’unité de mesure officielle universelle en 1791. Il est défini comme le dix-millionième de la longueur du quart du méridien terrestre. Les astronomes s’efforcent, à la fin du 19ème, de faire une mesure plus précise du méridien de Paris, en le prolongeant. Il traverse la France en son milieu. François Arago est le principale acteur de cette entreprise. Seize mètres étalons sont scellés dans les lieux de la capitale les plus fréquentés. Il n’en restent que deux, Place Vendôme et rue de Vaugirard.

Photo du mètre étalon de la Place Vendôme à Paris, avec une mention gravée dans une plaque de cuivre en dessous.
Mètre étalon Place Vendôme

Un instrument monumental

Le premier étage de l’Observatoire est occupé par la salle dite Cassini. La ligne méridienne est matérialisée par une ligne de laiton au sol. Une lunette percée dans la voute permet de mesurer la progression du soleil le long de cette ligne. Les signes du zodiaque sont gravés dans les dalles de part et d’autre. Cette salle est considérée comme un gigantesque instrument de mesure.

Sol de la salle Cassini, au premier étage de l'Observatoire, avec une ligne de laiton matérialisant le méridien de Paris, et les signes du zodiaque gravés.
Ligne du méridien

La coupole d’Arago

Conçue en 1846, elle s’élève sur la tour Est de l’Observatoire. Sa fonction est d’abriter la plus grande lunette au monde à l’époque. L’observation du ciel se fait grâce à une ouverture manuelle dans la toiture en cuivre. Un mouvement de rotation permet de contrecarrer celui de la Terre, et d’avoir une position fixe durant l’étude. L’instrument est toujours en état de marche, et constitue un jalon essentiel dans l’histoire de l’astronomie.

Vue extérieure de la coupole en cuivre de l'Observatoire de Paris.
Coupole de l’Observatoire

L’Observatoire au 21ème siècle

Le lieu n’est pas seulement un musée ouvert au public. Il s’est adapté au fil des siècles aux besoins des scientifiques. De nouveaux bâtiments sont construits fin 19ème et au 20ème, pour abriter des instruments d’observation. Des laboratoires et ateliers sont implantés dans les rues adjacentes. Des salles dites blanches contiennent le minimum de particules afin de voir les molécules, l’infiniment petit. En 1927 l’Observatoire fusionne avec celui de Meudon fondé cinquante ans plus tôt.

Photo d'une vue panoramique avec au premier plan l'Observatoire de Meudon, et à l'arrière-plan la ville de Paris.
Vue de l’Observatoire de Meudon.

Dans les jardins de l’Observatoire

Un socle vide marque l’entrée du jardin. Seule l’inscription gravée dans la pierre évoque le nom du savant François Arago. La statue, installée en 1893, fait partie des nombreuses oeuvres en bronze fondues par les Allemands sous l’Occupation de Paris. Le socle est laissé vide. Il est cependant agrémenté en 1994 d’une pièce de métal insérée dans la pierre. C’est le premier des 135 médaillons en bronze fichés dans le sol de la capitale. Conçus par l’artiste Jan Dibetts en 1994, ils matérialisent le méridien qui traverse Paris du Nord au Sud. Ils portent le nom d’Arago ainsi que les lettres N et S. Beaucoup on hélas disparu, dérobés.

Photo ancienne en noir et blanc de la statue d'Arago, en bronze, debout, sur un socle en pierre, dans le jardin de l'Observatoire à Paris.
Statue d’Arago disparue

Une nouvelle statue pour Arago

L’oeuvre est née d’un volonté des anciens élèves de l’école Polytechnique de remplacer la statue disparue. Le choix d’un artiste contemporain est préféré à une copie de l’ancienne statue. Un concours est lancé, dix-huit projets sont proposés. La proposition de l’artiste belge Wim Delvoye est retenue. Il est célèbre pour le détournement qu’il fait avec humour d’oeuvres classiques. Réalisée en bronze, la silhouette du physicien est emportée dans un mouvement de spirale ascendant. Le visage aux traits à peine reconnaissables participe à cette dynamique. Placée à l’entrée du jardin de l’Observatoire, elle est inaugurée en 2017.

Statue en bronze représentant Arago, sur un socle de pierre, dans le Jardin de l'Observatoire à Paris, exécutée par Wim Delvoye.
Statue d’Arago par Wim Delvoye

Aquarelle du jardin du Luxembourg avec des femmes avec enfants jouant au premier plan, le bassin, puis le palais à l'arrière-plan. 19ème siècle

Le Jardin du Luxembourg

L’occupation du site du jardin du Luxembourg commence il y a plus de deux mille ans, avec les romains. Maudit et hanté au Moyen âge, il est exorcisé par une communauté de moines qui y bâtissent leur monastère. Quatre cents ans plus tard, une reine construit un palais somptueux. L’histoire tumultueuse du lieu se poursuit jusqu’à nos jours.

Au temps de Lutèce, en 50 av.J.C

Les romains établissent leur centre administratif sur l’île de la Cité. La population s’installe rive gauche, dans la zone inoccupée jusque-là de l’actuel Luxembourg, comme en témoignent les nombreux vestiges retrouvés. De la vaisselle de verre, des manches de miroir, bijoux, fourchettes en argent, attestent de la présence de luxueuses villas. Un four et des débris de poteries prouvent l’implantation d’ateliers de céramique. Une centaine de puits remplis d’objets, d’aliments, et de squelettes humains, révèlent la pratique de sacrifices, et d’un lieu de culte. Des agrafes de manteaux, des harnais et mors et des ornements de ceinturons, permettent d’affirmer la présence d’un camp militaire.

Deux vases et deux coupelles en verre irisé de l'époque gallo romaine.
Vaisselle en verre gallo romaine.

Vauvert le vallon vert

Lutèce est mise à sac par les vagues d’invasion barbares, à la fin du 3ème siècle. Seuls quelques vestiges témoignent aujourd’hui dans Paris des siècles d’occupation romaine; les arènes et les thermes de Cluny sont les plus spectaculaires. Les Francs s’emparent du pouvoir et s’installent rive droite. Eloigné du nouveau centre de la ville, déserté, le site du Luxembourg devient une zone champêtre surnommée Vauvert, d’après le latin Vallis viridis « vallon vert ». C’est un lieu calme, à l’écart de l’agitation de Paris, sur la route du sud, fréquentés par de rares promeneurs.

Photo en couleur de prairie champêtre, avec fleurs sauvages au premier plan.
Vallon champêtre

Un lieu maudit au 10ème siècle

Le roi Robert le Pieux, séduit par la beauté et l’aspect sauvage du site, fait édifier un somptueux palais. Sa vie privée est tumultueuse. Il répudie son épouse légitime, garde sa dot, et épouse sa cousine. Le pape l’excommunie et voue le couple à la damnation éternelle. Le palais, laissé à l’abandon après leur mort, est l’objet de rumeurs. Hanté, des passants prétendent avoir vu des monstres et entendu des bruits sinistres. Le château est devenu repaire de malfaiteurs assurés de jouirent d’une tranquillité absolue. Les Parisiens font de longs détours pour l’éviter. Il donne naissance à l’expression courante « aller au diable Vauvert ».

Gravure en noir et blanc des ruines du château de Vauvert la nuit. Conservée au Musée Carnavalet, Paris.
Ruines du château de Vauvert

L’arrivée des moines au 13ème siècle

L’ordre des Chartreux est créé par Saint Bruno au 12ème siècle. La règle de vie de ses moines se résume en trois mots : « Aller au désert », c’est à dire se retirer du monde pour prier. En 1257, le roi Saint Louis leur demande d’établir un monastère aux abords de la capitale. Ils choisissent Vauvert. L’endroit est calme et isolé, en dehors des enceintes de la ville. Mais proche de l’université de Paris, la future Sorbonne. Le monarque, indigné par le choix de ce lieu maudit, oppose un refus net aux moines puis finit par céder face à leur détermination.

Manuscrit avec trois scènes de la vie des moines chartreux construisant leur monastère, 1510.
Scènes de la vie des moines

Un exorcisme et un chantier

Les religieux doivent débarrasser le lieu de ses créatures démoniaques. Dès leur arrivée, jours et nuits, ils s’adonnent à la prière et font des processions, jusqu’à « contraindre les malins esprits de quitter la place et de s’évanouir comme fumée » comme le rapportent les récits de l’époque. La paix retrouvée, ils démarrent leur chantier sur le champ de ruine qu’était devenu le château de Robert le Pieux. Soutenus par le roi et le pape, ils érigent un monastère avec une église, un réfectoire, un dortoir, une salle du chapitre, un cloître. L’ensemble des bâtiments est protégé par une enceinte et se situe au sud de l’actuel jardin du Luxembourg.

Enluminure figurant un démon vert présentant un livre ouvert à un religieux faisant un geste de bénédiction. 17ème siècle.
Religieux et démon

La reine Marie de Médicis au 17ème siècle

La veuve du roi Henri IV est arrêtée par son fils le roi Louis XIII, pour avoir tenté de s’ingérer dans les affaires du royaume. Après des années d’exil forcé, elle est tolérée à Paris sous condition de vivre éloignée de la Cour. Elle jette son dévolu sur le site du Luxembourg, à l’écart de la capitale. La partie sud est occupée par les moines, mais il reste suffisamment d’espace au nord pour réaliser son ambitieux projet, recréer le cadre de son enfance, le Palais Pitti à Florence. Elle confie le chantier à Salomon de Brosse, le plus italien des architectes français.

Gravure du Palais du Luxembourg et de ses jardins.
Le palais du Luxembourg

Des querelles de voisinage

Le monastère et ses dépendances empêchent la reine d’agrandir son domaine vers le sud et de jouir d’une vue dégagée. Elle essaye, en vain, de contraindre les moines au départ par des propositions d’achat extravagantes. De leur côté, les Chartreux, installés depuis près de quatre cents ans, considèrent cette voisine avec hostilité. Elle trouble leur quotidien comme en témoigne la lettre adressée par le prieur « il ne peut se dire, madame, combien de ces âmes nourries et habituées au silence recevront de distraction lorsque, célébrant la messe, ils auront les oreilles remplies de votre tumulte ».

Portrait de la reine Marie de Médicis, assise de trois-quart, avec paysage en arrière plan, par le peintre Van Dyck, 17ème siècle.
Marie de Médicis par Van Dyck

Le Luxembourg après la mort de la reine

L’installation de Marie de Médicis a transformé le site champêtre de Vauvert en un quartier élégant. De nombreux aristocrates construisent leurs hôtels particuliers. A sa mort, son fils cadet Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, occupe le palais. Les jardins, mal entretenus, se détériorent. Ouverts à tous, les habitants du quartier s’y promènent. Louis XIV mandate le célèbre Le Nôtre pour les restaurer et les redessiner. Ils seront à nouveau détruits par la Révolution. Les jardins actuels ont été dessinés sous Napoléon 1er.

Peinture d'une vue panoramique du Jardin du Luxembourg, avec promeneurs au premier plan, bassin, et palais sur la droite.
Promeneurs au Luxembourg

La scandaleuse Duchesse de Berry

En 1715, le palais est cédé à la Duchesse de Berry, jeune veuve de vingt ans et fille du Régent. Elle ferme l’accès du jardin au public pour mener sa vie de débauchée. Le Tout Paris se scandalise, donne des détails de ses grossesses avortées et de sa maladie. A l’agonie, elle injurie son confesseur qui refuse de lui donner les derniers sacrements si elle ne se repent pas. A sa mort, le jardin est à nouveau ouvert au public.

Portait à la peinture à l'huile de la Duchesse de Berry, coiffée d'un chapeau à plume d'autruche. 18ème siècle.
La Duchesse de Berry

Le premier musée en 1750

En 1750, le directeur des bâtiments de France du roi Louis XV installe dans les ailes Est et Ouest du palais une exposition permanente de tableaux. Ils sont sélectionnés parmi les oeuvres de la collection royale, afin de permettre aux parisiens de les admirer. Le musée leur est accessible deux jours par semaine. Fermé au public en 1780, l’institution ouvre à nouveau à partir de 1820 pour se consacrer aux oeuvres d’artistes vivants. Depuis 2000, les expositions temporaires sont régulièrement présentées.

Photo en couleur d'une vue partielle de la façade du Musée du Luxembourg. Paris
Musée du Luxembourg

Une prison sous la révolution

Dès 1789, les arrestations sont nombreuses et les lieux d’incarcération manquent. Les couvents, hôpitaux et casernes, sont réquisitionnés. Le palais du Luxembourg est converti en prison. La surveillance est difficile. De hautes murailles sont élevées afin d’empêcher les détenus de communiquer avec les visiteurs qui circulent dans le jardin ouvert à tous. Sur les arbres est apposé l’inscription « citoyens passez votre chemin sans lever les yeux sur les fenêtres de cette maison d’arrêt ». La nouvelle prison du Luxembourg devient l’antichambre du tribunal révolutionnaire, ultime étape avant la guillotine. Danton aurait déclaré à l’un de ses compagnons de cellule, poète qui se lamentait de n’avoir pu achever son poème « des vers, avant huit jours, tu en auras plus que tu ne voudras… ». David, autre détenu célèbre, a réalisé des peintures de la vue depuis la fenêtre de sa cellule.

Peinture à l'huile d'une vue du jardin du Luxembourg depuis le Palais, par le peintre David. Paris 1794.
Vue du jardin depuis sa cellule par le peintre David

Le départ forcé des moines

Dans la France entière, les religieux sont expulsés et leurs domaines détruits, transformés ou démembrés. Le monastère est abandonné. Réduit à l’état de ruines, tous les bâtiments seront détruits. Mais l’héritage immatériel des Chartreux est important. Ils excellaient dans tous les domaines de l’horticulture. Leur conservatoire de plantes médicinales était réputé. Les écrits dans lesquels ils prenaient soin de consigner leur savoir ont été préservés et leurs techniques sont toujours enseignées dans l’école d’horticulture crée sous Napoléon 1er. Les collections de plantes, les variétés de fruits (plus de six cents pommes et poires différentes), et le rucher école, contribuent également à la réputation du Luxembourg.

Ruches du jardin du Luxembourg
Ruches du jardin du Luxembourg

Les ruines du monastère

Le couvent et ses dépendances, laissés à l’abandon à la révolution, deviennent rapidement un champ de ruines qui séduit les romantiques, tels Chateaubriand. La décision au début du 19ème siècle d’aménager des jardins pour mettre en valeur l’Observatoire signe l’arrêt de mort du domaine monacal. Le site est « nettoyé » malgré les nombreuses oppositions. « Ce lieu disparu, c’était comme un jardin oublié de l’autre siècle, joli comme un doux sourire de vieille » écrit Guy de Maupassant.

Gravure en couleur du couvent des Chartreux avec l'église au premier plan. Paris, jardin du Luxembourg.
Couvent des Chartreux

Napoléon 1er et le Sénat

L’empereur affecte le palais et ses jardins au Sénat. Le palais a peu souffert de la révolution. Il bénéficie d’un réaménagement partiel, avec la construction d’une salle d’assemblée par Chalgrin, auteur de l’Arc de Triomphe. Mais les jardins ont été malmenés, les vestiges sont rares. Napoléon les fait redessiner tels qu’ils sont aujourd’hui. Le Luxembourg jouit d’un statut unique d’enclave territoriale. Le Sénat assure la gestion, l’entretien et la surveillance des bâtiments, plantations, sculptures…Quatre-vingts jardiniers sont attachés au jardin; recrutés sur concours, ils bénéficient de privilèges en tant que fonctionnaires du Sénat.

Photo en couleur de l'hémicycle du Sénat au cours d'une séance. Paris, Palais du Luxembourg.
Hémicycle du Sénat

Haussmann menace le Luxembourg

Le baron Haussmann est nommé préfet de la Seine en 1852. Le palais et ses abords ont déjà été restaurés par Napoléon, et les ruines du domaine des chartreux remplacées par les jardins de l’Observatoire. Le percement des boulevards Saint-Michel, de la rue Auguste Comte et de la rue Médicis dessine les nouvelles limites du jardin en le réduisant de moitié. Les parcelles récupérées sont loties. Les parisiens protestent, les slogans « halte aux spéculateurs », «  »sauvons le Luxembourg », circulent. Les promoteurs leur opposent que « les habitants des quartiers que séparent le jardin éprouveraient un grand plaisir à se rapprocher… », argument d’une mauvaise foi déconcertante.

Photographie en noir et blanc d'un chantier de Paris en 1852, à l'époque des grands travaux d'Haussmann, avec des gravats de maisons au premier plan.
Chantier d’Haussmann

La seconde guerre mondiale

Le Luxembourg connait une nouvelle période trouble à partir de 1940, sous l’Occupation allemande. L’état-major de la Luftwaffe (flotte aérienne allemande) réquisitionne l’ensemble du site durant quatre ans. Le président du Sénat proteste auprès du maréchal Pétain contre « la désinvolture avec laquelle cette prise de possession a été opérée »… L’intérieur du palais est considérablement modifié. Un réseau de galeries souterraines sont creusées dans les jardins, ainsi qu’un gigantesque blockhaus en béton. Des statues de bronze sont fondues. A la Libération de Paris, le Luxembourg est au centre des combats. Le jardin et son palais sont restaurés après la guerre.

Photo en noir et blanc du jardin du Luxembourg pendant la guerre, avec des chars et des canons au premier plan. Paris 1944.
Le Luxembourg en 1944

L’origine du nom « Luxembourg »

Il vient d’un bâtiment discret, à peine visible derrière ses grilles, construit au milieu du 16ème siècle pour un certain Français de Luxembourg. Il le cède à la reine Marie de Médicis qui l’occupe durant le chantier de son futur palais. Le président du Sénat y réside désormais. Il semble étrange et illogique que le jardin ne soit pas baptisé du nom de Marie de Médicis qui a laissé une marque profonde. Mais son impopularité était telle auprès des parisiens qu’on lui préféra le nom d’un personnage oublié. Il existe une autre appellation, peut-être plus légitime, et connue des seuls habitués : le Luco, abréviation de Lucotitius, qui était il y a deux mille ans le nom du faubourg de Lutèce où se situe le jardin.

Photo du palais du Petit Luxembourg avec un parterre de fleurs au premier plan.
Le Petit Luxembourg

Le jardin des intellos

La proximité des universités, des maisons d’édition et des librairies, attire depuis le Moyen Âge dans le jardin de nombreux intellectuels, tels les Chartreux, les philosophes des Lumières, les peintres et poètes romantiques, et aujourd’hui des célébrités du monde des arts et des lettres. Une gazette évoque « Diderot, errant, une redingote de peluche grise éreintée, la manchette déchirée et les bas de laine noirs recousus par derrière avec du fil blanc ». Alfred de Musset décrit un lieu charmant, l’écolier son livre à la main, le rêveur avec sa paresse, l’amoureux avec sa maîtresse, tous entrainent là comme en paradis ».

Photo du jardin du Luxembourg avec des chaises au premier plan et une vue partielle du palais à l'arrière-plan.
Les chaises du Luxembourg
Fontaine avec tritons tenant des poissons d'où jaillissent l'eau . Place de la Concorde Paris

Les plus belles fontaines de Paris

Les plus anciennes fontaines parisiennes connues datent du 13ème siècle. Elles sont alimentées par l’eau provenant des environs de la capitale, acheminée par des aqueducs. L’installation progressive de l’eau courante à domicile les rend inutiles. Elles deviennent le prétexte à de spectaculaires jeux d’eau. Sculpteurs et ingénieurs rivalisent d’imagination et d’audace.

La fontaine des Innocents

Place Joachim du Bellay, Paris 1er. Un édicule en pierre de plan carré s’ouvre par quatre arcades surmontées de bas-reliefs et de frontons triangulaires. Le dôme métallique est partiellement visible. L’édifice abrite une double vasque d’où l’eau jaillit et glisse le long de bassins disposés en escaliers. Les façades sont ornées de figures féminines encadrées de pilastres. Vêtues de drapés transparents, ce sont des nymphes identifiables à leurs amphores. D’autres créatures mythologiques courent sur la surface. Attestée en en 1265 la fontaine est considérée comme la plus ancienne de Paris. Pierre Lescot, architecte, et Jean Goujon, sculpteur, en sont les principaux auteurs. Déplacée à plusieurs reprises, elle est à chaque fois démontée et transformée. Chef d’oeuvre de la Renaissance, elle a récemment fait l’objet d’une rénovation importante.

Vue d'ensemble de la fontaine des Innocents avec jeux d'eau, et en arrière plan la place arborée et les immeubles. Place Joachim du Bellay Paris 1er
Fontaine des Innocents

La fontaine Médicis

Jardin du Luxembourg, Paris 6ème. Un édicule est placé à l’extrémité d’un long bassin rectangulaire. Il est percé de trois niches séparées par des colonnes couvertes de congélations (éléments décoratifs imitant dans la pierre les concrétions de glace). Sur le fronton qui le couronne, les armoiries de la reine Marie de Médicis sont encadrées par deux naïades versant de l’eau d’une urne. Dans la niche centrale un groupe sculpté décrit un drame mythologique. Le géant Polyphème (en bronze), vêtu d’une peau de bête, surprend la nymphe Galatée dont il est épris dans les bras du berger Acis. Fou de rage, il s’apprête à écraser le couple en faisant rouler un rocher. Dans la niche de gauche un faune joue de la flûte, dans celle de droite Diane est reconnaissable à son arc…chacun semblant commenter le triste épisode dont ils sont témoins. La fontaine est exécutée pour la reine Marie de Médicis en 1630.

La fontaine Médicis et son bassin , bordée d'arbres et de pots de fleurs, Jardin du Luxembourg à Paris
Fontaine Médicis

La fontaine des quatre Saisons

57 rue de Grenelle, Paris 7ème. La fontaine s’inscrit dans l’alignement de la rue, à la manière d’une façade. Le style s’inspire de l’Antiquité grecque. Un fronton triangulaire est soutenu par des colonnes auxquelles des pilastres font écho sur les côtés. Au centre trois statues de femmes sont drapées à l’antique. Elles incarnent la Seine et la Marne, allongées aux pieds de la ville de Paris, assise. Sur parties latérales quatre anges sont debout dans des niches, au-dessus de bas-reliefs rectangulaires. De gauche à droite : le Printemps (avec un mouton) au-dessus de putti se bagarrant avec des guirlandes de fleurs; l’été et des putti cueillant des épis de blé; l’automne (avec la vigne); et l’hiver emmitouflé et un putto soufflant pour attiser le feu. La fontaine est édifiée en 1735 par Edme Bouchardon. Les finances publiques sont au plus bas après les fastes de Louis XIV, et elle est l’un des rares projets financés par les deniers de l’État.

Vue d'ensemble de la fontaine des Quatre Saisons rue de Grenelle Paris 7ème
Fontaine des Quatre Saisons

La fontaine du Fellah

42 rue de Sèvres, Paris 7ème. Un petit édifice en pierre de forme rectangulaire prend appui contre un mur. Il est surmonté d’une corniche au centre de laquelle un aigle déploie ses ailes. Une niche abrite la statue d’un homme dans une attitude frontale, le pied gauche s’avançant, les bras le long du corps. Il est coiffé d’un Némès, attribut royal, et vêtu d’un pagne. Le traitement du corps est réaliste, la musculature apparente. Le visage est idéalisé. Il tient une amphore dans chaque main, d’où l’eau coule. Elle est recueillie dans une vasque semi-circulaire ornée d’une tête de lion en bronze percée d’un orifice. Cette statue est une copie d’un oeuvre romaine représentant Antinoüs. Amant de l’empereur Hadrien, il meurt noyé. Il est divinisé et associé au dieu égyptien Osiris. La fontaine est édifiée en 1806. Elle témoigne de l’engouement de Napoléon 1er pour l’Égypte.

Fontaine du Fellah avec personnage egyptien debout, dans un édicule couronné d'un fronton orné d'un aigle. Rue de Sèvres, Paris 7ème
Fontaine du Fellah

La fontaine Gavarni

Place Saint Georges, Paris 9ème. Située au centre de la place, elle est un hommage au célèbre caricaturiste Gavarni. Il est représenté en buste au sommet d’une colonne, muni d’un carnet et d’un crayon. Un défilé de figures en relief issues de l’univers du carnaval anime la colonne, parmi lesquels Pierrot et Arlequin. Un vieillard en haillons un bâton dans la main droite et une faucille dans la gauche, incarne la mort. Une modiste porte un carton à chapeau. La base est une fontaine de forme octogonale rythmée de quatre figures en bronze de la bouche desquelles sort un filet d’eau. Un homme à l’allure bohème coiffé d’un feutre incarne un artiste; une femme portant un bonnet évoque une commère; un mendiant, un fichu noué sur la tête, semble menacer le passant; et une jeune lorette tourne son regard vers la rue du même nom. Des motifs sculptés imitant des congélations d’eau séparent chaque figure. La fontaine est installée en 1903 pour remplacer un abreuvoir destiné aux chevaux.

Vue d'ensemble de la fontaine Gavarni avec l'hôtel de la Païva en arrière-plan, Place Saint George Paris 9ème
Fontaine Gavarni

La fontaine de l’Observatoire

Jardins de l’Observatoire, Paris 14ème. Quatre figures entrainées dans une ronde soutiennent une sphère ornée des douze signes du zodiaque. Elles représentent les quatre continents, identifiables à leurs attributs. L’Asie est coiffée d’une longue natte. L’Amérique est couronnée de plumes . L’Afrique porte à la cheville une chaine brisée qu’elle foule au pied, allusion à l’abolition de l’esclavage. L’Europe arbore une longue chevelure ébouriffée par le vent. Les corps en torsion, les pieds effleurant à peine le sol et les drapés gonflés par le vent confèrent du dynamisme à l’oeuvre. Huit chevaux marins semblent émerger du bassin au milieu de l’eau jaillissante. Jean-Baptiste Carpeaux réalise l’oeuvre en 1870.

Vue d'ensemble de la fontaine des Quatre parties du monde en eau, jardins de l'Observatoire.
Fontaine des Quatre parties du monde

Les fontaines Wallace

Présentes dans les rues, les squares ou les places, elles sont plus d’une centaine à Paris. En fonte de fer verte, elles se composent d’un socle décoré de volutes et de motifs aquatiques de tritons, sur lequel quatre cariatides soutiennent un dôme orné de dauphins et d’écailles de poisson. L’eau coule en un mince filet, elle est recueillie dans une vasque protégée par une grille. Les gobelets suspendus à des chainettes ont été supprimés pour des raisons d’hygiène en 1952. Devenues un symbole parisien, les fontaines doivent leur nom à Richard Wallace. Anglais richissime et parisien d’adoption, il est témoin en 1870 de la pénurie d’eau potable dont souffrent les parisiens. Il décide de mettre à leur disposition de l’eau gratuite tout en embellissant la ville. Disposées sur les itinéraires des ouvriers ou à proximité de lieux de fêtes, elles témoignent aussi d’une intention moralisatrice d’incitation à la sobriété.

Fontaine Wallace place Saint Sulpice avec en arrière-plan la fontaine Saint Sulpice et l'église.
Fontaine Wallace Place Saint-Sulpice

La fontaine Stravinsky

Place Igor Stravinsky, à proximité du Centre Pompidou, Paris 4ème. Au milieu d’un bassin rectangulaire, seize éléments sont animés de manière aléatoire par des moteurs électriques. Certains sont en métal noir, composés de rouages, et sont l’oeuvre de Jean Tinguely. D’autres, colorés et de forme ronde, sont réalisés par Niki de Saint Phalle. Les arrosages diffèrent, circulaires, en diagonale, par brassage… Les sons produits par l’eau et par les grincements des machines participent à l’oeuvre. La fontaine est un hommage à Igor Stravinsky, les éléments font référence au musicien : les animaux (éléphant, renard, serpent, grenouille et rossignol); les créatures légendaires (sirène, oiseau de feu, phénix); la musique (clé de sol et ragtime); le cirque (chapeau de clown); la géométrie (spirale et diagonale); enfin la bouche et le coeur symbolise l’amour; le crâne, la mort; la corne d’abondance, la vie. La fontaine est inaugurée en 1983.

Vue d'ensemble de la fontaine Stravinsky avec en arrière-plan l'église Saint Merri, Paris 4ème
Fontaine Stravinsky

La fontaine de l’embâcle

Place du Québec, quartier de Saint Germain des Près, Paris 6ème. Elle est composée de larges plaques rectangulaires de bronze de tailles et d’inclinaisons variables. Disposées dans la continuité des dalles du trottoir, sans séparation avec l’espace urbain, elles créent l’illusion que le sol se soulève sous l’effet d’une poussée souterraine. La disposition aléatoire des éléments renforce l’impression de chaos et d’accident. Des jets d’eau sont actionnés d’un bassin en partie masqué et éclairé la nuit. L’embâcle est une obstruction du lit d’un cours d’eau par un empilement massif de glace. Charles Daudelin, artiste québécois, a voulu évoquer le moment de l’année où la glace de l’hiver libère les eaux jaillissantes du Saint-Laurent. La fontaine est offerte en 1984 par la ville du Québec à Paris.

Vue de nuit de la Fontaine de l'Embâcle, avec dalles en acier se soulevant du trottoir et jets d'eau lumineux, Place du Quebec Paris 6ème
Fontaine de l’Embâcle de nuit

Les Sphérades

Jardins du Palais-Royal, Paris 2ème. Deux fontaines identiques s’inscrivent au centre du portique de colonne du Palais-Royal. Chacune consiste en une vasque octogonale s’inscrivant dans un bassin en pierre carré, vestige des anciennes fontaines. Une plaque de métal sert de socle à quatorze sphères en acier brillant. De tailles différentes, elles sont scindées en deux et animées de manière aléatoire par un flux d’eau permanent. Leurs surfaces réfléchissent l’architecture et les silhouettes des passants. Le son des clapotis de l’eau et les cliquetis du métal accompagnent le mouvement. L’auteur Pol Bury, belge, est célèbre pour ses installations animées par l’eau. Il parle de sculptures hydrauliques. L’oeuvre est inaugurée en 1985.

Les Sphérades, fontaines à boules en métal réfléchissant de Pol Bury, dans la cour du Palais-Royal, Paris 1er
Les Sphérades

Les fontaines de l’Albien

Au nombre de trois à Paris, elles doivent leur nom à la nappe d’eau souterraine et très pure qui les approvisionne au moyen d’un puit artésien. Les Parisiens en quête d’eau de source naturelle et gratuite s’y approvisionnent.
La fontaine du Square Lamartine, Paris 16ème : Deux murets en pierre de travertin blanc sont disposés en équerre. A leurs pieds, deux bassins recueillent le trop-plein. L’eau est distribuée par des robinets en métal doré. Elle est installée en 1950.
La fontaine de la Place Paul Verlaine, Paris 13ème et celle du Square de la Madone, Paris 18ème sont sur le même modèle : Une partie centrale avec un axe en acier brillant sert de support à une plaque de verre sur laquelle sont inscrites des informations historiques. L’eau est distribuée par quatre robinets de forme courbe. Elles datent des années 1980 à 2000.

Fontaine avec struture en métal poli avec quatre robinets, quartier de la Bulle-aux-Cailles Paris 13ème.
Fontaine de la Butte-aux-Cailles

Sculpture de Niki de Saint Phalle, détail, Fontaine Stravinsky, Paris 4èm.

L’eau à Paris

Il y a plus de 2000 ans, la petite tribu des parisi s’établit sur la rive droite d’un immense fleuve, face à l’actuelle île de la Cité. La Seine procure de l’eau en abondance. Elle est un axe de circulation favorable au commerce, et assure une certaine sécurité à la population.

Quand Paris était Lutèce

Les romains fondent leur ville sur la rive gauche et l’île de la Cité. Ils préfèrent l’eau des sources à celle de la Seine et doivent la capter dans les environs. Ils construisent un aqueduc dit d’Arcueil. L’eau obtenue est abondante et saine. Après leur départ, cette construction est abandonnée puis détruite.

Dessin d'une vue panoramique de l'aqueduc romain
Aqueduc romain

Fleuves, puits et fontaines

Il existe trois manières d’avoir de l’eau à Paris. Elle peut être puisée directement dans la Seine. Elle se trouve également dans les nappes phréatiques en profondeur dans le sol, accessibles par des puits. Elle est aussi captée sur les hauteurs, dans les rivières; elle est alors acheminée par un aqueduc vers les fontaines. Utilisées alternativement ou en même temps selon les époques et les progrès techniques ces trois solutions ont permis la survie de la population parisienne.

Peinture de Jongkind représentation les berges de la Seine près du Pont Neuf en 1850
Berges de la Seine

Les aqueducs des moines au 12ème siècle

Après le départ des romains et l’abandon de leurs installations, la seule source d’approvisionnement en eau des parisiens est la Seine. Les égouts s’y déversent, elle est très polluée. Des communautés de moines décident la construction d’un aqueduc, à l’imitation des romains. L’eau est captée des hauteurs de Belleville et de Ménilmontant et alimente les fontaines des religieux.

Enluminure représentant trois moines assis à leur pupitre et penchés sur leur manuscrit, sous des arcades
Moines au travail

Les premières fontaines publiques

L’État fait mainmise sur les aqueducs des moines. La gestion de l’eau est désormais confiée au tout puissant prévôt des marchands. Les premières fontaines publiques apparaissent au 13ème siècle. La plus ancienne connue est la fontaine Maubuée. Encore visible, elle est déplacée et remaniée au 18ème siècle. La ville compte dix-sept fontaines, toutes sur la rive droite, à la fin du 15ème siècle.

Fontaine de Maubuée à l'angle de la rue de Venise Paris 4ème
Fontaine Maubuée

L’eau de la reine

En 1625 la reine Marie de Médicis aménage pour son palais du Luxembourg un somptueux jardin à l’italienne avec des jeux d’eau spectaculaires. Les besoins sont importants. Ses ingénieurs retrouvent les eaux captées par les romains. Ils construisent un nouvel aqueduc reprenant l’ancien tracé romain. Les pouvoirs publics soutiennent et participent à l’entreprise afin qu’elle bénéficie aux habitants de la rive gauche qui ont enfin leurs premières fontaines.

Photo d'une portion de l'aqueduc Médicis à Arcueil
Aqueduc de Médicis

La pompe de la Samaritaine

Au début du 17ème siècle, la situation s’est dégradée. Le roi Henri IV entreprend de grands travaux. Il restaure les fontaines qui, engorgées de vase et de calcaire, sont inutilisables. Il réactive d’anciens aqueducs. Estimant que seule l’eau de la Seine peut subvenir efficacement aux besoins des parisiens, il met en oeuvre un projet novateur. Une machine sur pilotis est installée à la hauteur du Pont Neuf. Elle actionne quatre pompes immergées qui aspirent l’eau et la refoulent dans un réservoir. Elle doit son nom au thème du bas-relief qui la décore, le récit évangélique de la Samaritaine. La pompe fonctionne jusqu’au début du 19ème siècle.

Peinture de Nicolas Raguenet représentant la pompe de la Samaritaine vue du Pont-Neuf, Paris
Pompe de la Samaritaine et Pont Neuf

La compagnie des eaux de Paris

Au 18ème siècle, la ville connait une expansion importante. Les anciens faubourgs sont intégrés et deviennent les quartiers en vogue. Les frères Perier, banquiers, créent en 1777 la compagnie des eaux de Paris. L’objectif est de renforcer les captations, purifier l’eau par traitement chimique et généraliser la distribution.

Portrait dessiné en buste de trois-quart de Casimir Perier
Casimir Perier

La solution des canaux

Ils permettent de dévier l’eau des rivières vers Paris. Napoléon lance la construction du canal de l’Ourcq. Mis en service en 1825, il permet une augmentation spectaculaire de la production. Par ailleurs, des fontaines avec de l’eau jaillissante voient le jour. Elles sont exclusivement décoratives.

Canal de l'Ourcq traversant une zone champêtre à l'éxtérieur de Paris et bordé d'un sentier de promenade.
Canal de l’Ourcq

La menace du choléra

Les épidémies sont liées à de mauvaises conditions sanitaires. Celle de 1832 est dévastatrice. Elle provoque une prise de conscience hygiénique. L’eau provenant de la Seine et de l’Ourcq est très polluée. Les progrès de la géologie permettent une meilleure exploitation du sous-sol. Arago, physicien, propose de puiser plus profondément dans le sol. Les puits à manivelles sont insuffisants. Il met au point un système de forage pour atteindre des nappes phréatiques à plus de 500 mètres de la surface.

Caricature de Grandville montrant des ministres atteints du choléra
Ministres atteint du choléra

La solution du Baron Haussmann

Le célèbre préfet responsable de la modernisation de Paris fait de l’eau une priorité. Elle est indispensable au développement de la ville. Il souhaite établir un système de captation des sources souterraines. Certaines se situent à plus de 100km de Paris, en direction de Sens, Fontainebleau, Provins ou Dreux. Il confie le projet à l’ingénieur Belgrand. L’eau est acheminée par des aqueducs, puis stockée dans des réservoirs bâtis à l’entrée de la capitale. Le principe est toujours en vigueur aujourd’hui.

Reservoirs de Montsouris en fer et verre avec soubassement en pierre Paris 14ème
Réservoirs de Montsouris

Les fontaines de l’Albien

Les progrès techniques permettent des forages de plus en plus profonds. En 1855 une nappe d’eau immense située sous la capitale, l’Albien, est atteinte par un puit artésien. Elle est à 600m sous terre. Elle approvisionne trois fontaines. Situées dans le 16ème (square Lamartine), le 18ème (square de la Madone) et le 13ème (Butte-aux-Cailles), elles attirent les parisiens en quête d’eau de source naturelle.

Fontaine ave quatre robinets en métal poli et panneau de plexiglass avec texte. Place Paul Verlaine Paris 13ème
Fontaine Place Paul Verlaine

Richard Wallace le philanthrope

Cet anglais fortuné est à Paris en 1870, au lendemain de la guerre. Il a vu les parisiens souffrir du manque d’eau potable. Il fait don à la ville de cinquante fontaines à boire. Elles sont installées sur les lieux de passages des travailleurs et les lieux de fêtes. Outre la volonté de mettre fin à la pénurie, il y a une l’arrière pensée moralisatrice d’inciter à la sobriété. Le modèle est en fonte de fer, un matériau résistant et permettant la reproduction en nombre. Leur couleur verte évoque la nature. Quatre cariatides se tournent le dos. Elles portent un dôme couvert d’écailles et orné de dauphins. L’eau coule au centre. A l’origine des gobelets en étain étaient retenus par une chainette. Ils sont supprimés en 1952 pour des raisons d’hygiène. Ces fontaines font aujourd’hui partie du patrimoine.

Fontaine Wallace dans une avenue arborée de Paris
Fontaine Wallace

L’eau courante

Elle reste longtemps celle des fontaines, dont le nombre augmente au 19ème siècle. Les progrès techniques permettent leur bonne alimentation. Elles offrent aux parisiens de l’eau à volonté. L’eau courante à domicile est progressivement installée. En 1884 deux tiers des habitations de Paris sont raccordées. Les fontaines devenues inutiles seront souvent détruites. De très beaux spécimens demeurent heureusement et contribuent à la beauté de la capitale.

Publicité ancienne pour une marque de lavabos montrant un couple dans une salle de bain.
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Les arcades de la Place des Vosges dans le quartier du Marais à Paris

Le quartier du Marais

Le Marais doit son nom à la zone marécageuse qu’il était à l’origine. Proche des rives de la Seine, il est jusqu’au Moyen-âge principalement occupé par une population de marchands d’eau et de poissonniers. Il connait ensuite une histoire mouvementée. L’aristocratie en fait le quartier le plus élégant de la capitale dès le 15ème siècle. Les artisans l’investissent à partir du 18ème siècle. Devenu misérable et insalubre, le Marais semble voué à la démolition en 1945. Il est aujourd’hui l’un des lieux les plus prisés de Paris.

Au temps des Parisii et des Romains

La tribu gauloise des Parisii occupe le site de la future Lutèce avant la conquête romaine. Elle aménage un axe de circulation vers le Sud, jusqu’à la ville de Melun, correspondant au tracé de l’actuelle rue Saint-Antoine. A leur arrivée, les romains remplacent ce qui n’était qu’une piste par une solide voie dallée et surélevée afin de pallier le terrain marécageux. Les archéologues ont retrouvé quelques vestiges de ce dallage .

La rue Saint-Antoine dans le Marais
La rue Saint-Antoine

Les vestiges du Moyen-âge

Les marécages du Marais empêchent la population de s’y installer. Seuls les poissonniers et les marchands d’eau y vivent. Des travaux d’assèchement, à partir du 12ème siècle, rendent la zone habitable. Attirés par un terrain favorable aux cultures, de nombreux ordres religieux s’y établissent, comme en témoigne d’anciennes plaques de rues et des murs d’églises dissimulés. Des vestiges de l’enceinte construite par le roi Philippe-Auguste et protégeant le centre de Paris sont visibles rue des Jardins Saint-Paul.

Vestiges de la muraille de Philippe-Auguste rue des Jardins Saint-Paul dans le quartier du Marais à Paris
Vestiges de la muraille de Philippe-Auguste

La guerre de Cent ans

La résidence royale est jusqu’au 14ème siècle située sur l’île de la Cité. Le roi Charles V accède au pouvoir et estime le palais insalubre et mal protégé. Il y est victime d’une attaque, ses conseillers sont égorgés sous ses yeux. Et la Guerre de Cent ans fait rage. Le monarque, par sécurité, s’installe dans le Marais. La proximité de la forteresse de la Bastille lui assure une protection. La proche campagne et le fleuve lui offre une solution de retraite rapide. Il fait construire l’hôtel Saint Pol, dont il ne reste qu’un nom de rue.

Enluminure illustrant l'Arrivée du roi à l'hôtel Saint-Pol, Marais.
Arrivée du roi à l’hôtel Saint-Pol

Les résidences royales

Le roi Charles VI fait de l’hôtel Saint-Pol un lieu maudit. Il sombre dans la démence et, en proie à de violentes crises, reste cloitré dans ses appartements. Ce règne de triste mémoire éloigne définitivement les rois de l’hôtel qui se délabre. François 1er ordonne la destruction des édifices parisiens inutiles, inhabités, en ruine. L’hôtel Saint-Pol disparait. Une nouvelle résidence est construite, l’hôtel des Tournelles.

Estampe représentant une scène de la Cour du roi fou, Charles VI.
A la Cour de Charles VI

L’âge d’or au 17ème siècle

Attirés par la proximité du pouvoir, la Cour et les aristocrates s’installent dans le Marais. Ils font édifier des hôtels particuliers qui rivalisent de luxe. La plupart datent des 16ème et 17ème siècles. Nombreux sont ceux qui ont survécu et jalonnent les rues du quartier. Les plus célèbres ont été convertis en musées. l’hôtel Salé est devenu Musée Picasso, l’hôtel de la Marquise de Sévigné, le Musée Carnavalet. L’hôtel de Sully abrite le Centre des monuments Français et l’hôtel de Soubise les archives… La Place des Vosges est construite par le roi Henri IV. Elle est le théâtre de nombreuses fêtes et un lieu de promenade élégant pour les parisiens.

Square de la Place des Vosges, avec fontaine et maisons à l'arrière-plan. Quartier du Marais. Maris
Place des Vosges

Le début d’un lent déclain

Victime de son succès, trop densément loti, le Marais est délaissé par la haute société qui lui préfère les faubourgs de Paris. Artisans et petits commerçants, attirés par les loyers peu élevés, s’installent dans les hôtels particuliers vacants. Ils disposent de suffisamment d’espace pour aménager leurs ateliers et leurs logements. Mal entretenus et surpeuplés, ces édifices se dégradent rapidement.

Un hôtel Particulier en 1960 avant sa restauration dans le quartier du Marais à Paris
Un hôtel Particulier en 1960

Une colonie juive

La majorité des artisans qui s’établissent dans le Marais sont de religion juive. Ils sont rejoints au 19ème par leurs coreligionnaires d’Europe Centrale. Sans ressources et ne parlant que le Yiddish, ils sont accueillis et rapidement intégrés. Les vagues d’immigration qui se succèdent jusqu’au début du 20ème siècle font du Marais l’un des principaux quartiers juifs de la capitale.

Boucherie casher rue des Rosiers dans le Marais, en 1950.
Rue des Rosiers en 1950

Une population martyre

Dès 1940, les juifs de Paris sont traqués. Des scellés leur interdisent l’accès à leur magasin. Leurs biens sont confisqués. La configuration du quartier, avec ses ruelles étroites, en fait une véritable « souricière ». La police française multiplie les arrestations pour atteindre l’horreur avec la rafle du Vel d’hiv en 1942. Des plaques commémoratives apposées sur les écoles en témoignent. Un musée du Judaïsme et un mémorial de la Shoah sont construits.

Parvis des 260 enfants dans le Marais, Paris. Plaque commémorative de la rafle du Vel d'Hiv.
Plaque commémorative du Vel d’Hiv

Un quartier à l’abandon

Dès les années 1930, les autorités prévoient de de démolir des zones entières du Marais que la prolifération des rats et de la tuberculose rendent insalubres. Mais en 1962 le ministre de la Culture André Malraux initie son sauvetage . Conscient de la menace qui plane sur ce patrimoine exceptionnel, il fait voter une loi et déclare Secteur Sauvegardé l’ensemble du quartier. Certains îlots d’habitations trop vétustes sont détruits, mais la plupart sont restaurés.

La zone insalubre avant restauration autour du futur Centre George Pompidou
Place du Futur Centre Pompidou

La Renaissance au 21ème siècle

Les milieux de la Culture et de la Mode ont investi le quartier. Les enseignes de la Mode ont contourné avec talent la vocation initiale des lieux. D’anciennes boulangeries, usines et ateliers servent d’écrin à leurs collections. Les galeries d’art ont emménagé dans les anciennes maisons aux poutres de bois. Les manifestations artistiques prennent place dans d’anciennes halles et marchés.

Une ancienne usine de traitement des cendres réaménagée par la marque Uniqlo, rue des Francs-Bourgeois dans le quartier du Marais à Paris
Magasin Uniqlo dans une ancienne usine
Vue aérienne de l'église Notre Dame de Lorette

Le quartier de la Nouvelle Athènes

La Nouvelle Athènes désigne un quartier du nord de Paris, au pied de la Butte Montmartre, dans l’actuel 9ème arrondissement. Domaine seigneurial au Moyen-Âge, elle attire au 18ème siècle les parisiens désireux de s’évader d’une ville trop dense. Au 19ème siècle, les plus grands artistes, musiciens, peintres, et écrivains, mais aussi les courtisanes et les cocottes, en font leur fief…

Un fief pour le Seigneur Porcheron

Au 14ème siècle, l’emplacement de l’actuelle Nouvelle Athènes est une zone champêtre hors des murs de Paris. Elle est protégée par le château fort d’André Porcheron, qui s’élève au rang de seigneur et donne son nom au lieu. Progressivement abandonnés, l’édifice et ses dépendances sont réduits à l’état de ruines au 17ème siècle.

gravure du quartier de la Nouvelle Athènes au Moyen-Age avec son château et ses moulins.
vue du château des Porcherons et de ses alentours

Des folies pour les aristocrates

Au 18ème siècle, Paris intramuros peine à contenir une population qui ne cesse d’augmenter. Le peuple parisien en quête de loisirs s’évade vers des zones périphériques restées champêtres. Des guingettes et des cabarets sont construits sur l’ancien domaine des Porcherons.

Le moulin de la Galette d'Auguste Renoir.
Le moulin de la Galette d’Auguste Renoir

Les aristocrates et les grands bourgeois sont également séduit par le site. Ils font ériger des « folies », résidences de plaisance entourées de vastes parcs.
A la Révolution, ces demeures sont confisquées. Ouvertes à tous elles deviennent des lieux de fêtes improvisées. Les somptueux jardins qui les entouraient sont transformés en parcs d’attraction.

Aquarelle d'une folie proche de Paris au 18ème siècle.
Folie proche de Paris

Des lotissements pour les spéculateurs

L’explosion de la population parisienne au début du 19ème siècle provoque une pénurie de logements dans la capitale. L’ancien quartier des Porcherons, intégré dans la capitale, attire l’attention des promoteurs. Encouragés par le retour d’une certaine stabilité politique, ils rachètent les terrains sur lesquels s’élevaient les folies tombées en ruine et les guinguettes et construisent des immeubles et des petits hôtels particuliers.

Hotel particulier et son jardin rue de la Tour des Dames
Hôtel particulier rue de la Tour des Dames

Le quartier des romantiques

Le plus important des lotissements par sa superficie est appelé Nouvelle Athènes, afin de séduire une clientèle éprise d’Antiquité. Le succès est immédiat. Les artistes romantiques, musiciens, écrivains et peintres, y emménagent, imités par les bourgeois séduits par l’atmosphère bohème. Les courtisanes et les lorettes en font leur terrain de chasse privilégié.

Musée de la Vie Romantique et son jardin.
Musée de la vie Romantique

Déclin et Renaissance

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les nouveaux quartiers de l’Ouest parisien, plus aérés, sont préférés à ceux du centre. La Nouvelle Athènes se dépeuple et les bâtiments se dégradent.
Une véritable renaissance a eu lieu ces dernières années. Des boutiques, cafés et restaurants se sont installés. Les façades ont été restaurées. Les parisiens en quête d’authenticité ont investi les lieux.

Jardin d'hiver de l'hôtel Amour rue de Navarin Paris 9ème
Jardin d’hiver de l’hôtel Amour

Vue de l'Hôtel Thiers et du monument à Gavarni, Place Saint-Georges, Paris 9

La place Saint-Georges, Paris 9ème

La place Saint-Georges, circulaire, est bordée de superbes façades séparées de la chaussée par des grilles de fonte délimitant des jardinets. Une fontaine en marque le centre, et d’élégants lampadaires en rythment le pourtour. Elle prend pour modèle une autre place parisienne créée au 17ème siècle, la Place des Victoire.

Un coup immobilier

Vers 1830, alors que la capitale doit faire face à une explosion démographique, un architecte dénommé Constantin achète un vaste terrain vague. Il vend les parcelles et impose aux acquéreurs des règles de construction strictes, donnant naissance à l’un des lotissements les plus élégants de la capitale, au cœur de la Nouvelle Athènes, la Place Saint-Georges. Le nom lui a été inspiré par l’enseigne d’une taverne qui s’élevait à cet emplacement et représentait la lutte entre le saint et le dragon. Le quartier suscite un engouement immédiat et se peuple d’artistes et d’intellectuels bourgeois.

La Place en 1900

L’Hôtel d’Adolphe Thiers

Au n°27 s’élève l’hôtel particulier d’Adolphe Thiers. Originaire de Marseille, avocat, il monte à Paris et connaît une rapide ascension sociale. Surnommé le Napoléon aux petits pieds, il inspire Balzac pour le personnage de Rastignac dans Le Père Goriot.  Il est au cœur de la tourmente sous la Commune, et obligé de se réfugier à Versailles avec sa famille. L’hôtel est pillé et incendié par les communards. Devenu Président de la République, il le fait reconstruire à grand frais, sur le modèle du Château de Versailles.

Façade sur jardin de l'hôtel Thiers, Place Saint-Georges Paris 9ème
Hôtel Thiers côté jardin

L’hôtel de la Païva

L’hôtel du n°28 se distingue par son exubérance et l’abondance de son décor. Il est habité en 1850 par celle qui deviendra l’une des plus célèbres courtisanes de l’histoire. Fille d’un modeste tailleur juif polonais, elle conquiert le Tout-Paris grâce à  sa beauté et à sa détermination. Elle épouse le Marquis de Païva pour le nom, et se remarie avec un comte prussien pour la fortune. Une telle ascension sociale attise les mauvais esprits qui déclarent « Qui y paie y va », faisant un jeu de mots sur son nom.

Façade de l'hôtel de la Païva, Place Saint-George.
L’Abondance et la Sagesse.

Un cadran solaire dissimulé

Seules quelques façades datant de la création de la place ont été conservées. Les autres sont remplacées à la fin du 19ème par des immeubles de plus grand gabarit, comme les n°30 et n°32. Les traces d’un cadran solaire accompagné de la devis « Aspiciendo seresci », en me regardant tu vieillis, sont visibles entre les deux doubles fenêtres du n°30, au 2èmeétage.

Traces du cadran solaire

Souvenirs d’une brocante

Dans la partie inférieure du  n°32, un édifice en verre coiffé d’une toiture métallique est construit à la fin du 19ème siècle pour héberger la boutique d’un marchand de tapis, puis d’un brocanteur. Il contribue jusqu’en 2018 au charme de la Place, avant d’être transformé à des fins commerciales.

Ancienne brocante transformée en agence immobilière, Place Saint-Georges, Paris 9
Souvenir de l’ancienne brocante.

La colonne de Gavarni

Erigé en 1903 pour remplacer un abreuvoir pour les chevaux, le monument situé au centre de la place est un hommage à Gavarni, caricaturiste célèbre pour son trait si prompt à dénoncer les injustices et les hypocrisies de son temps. Il est représenté au sommet d’une colonne, muni d’un crayon et d’un carnet. Un défilé de figures de Carnaval anime la colonne.  La base est une fontaine ornée de quatre figures en bronze de la bouche desquelles sort un filet d’eau, représentant un mendiant, une « mégère », une  lorette  et un artiste bohême.

Figure en bronze d'un artiste coiffé d'un chapeau, détail de la fontaine Gavarni Paris 9ème
Figure d’artiste

Entrée du métro

A peine visible car intégré aux grilles de la place, un accès au métro est signalé par une plaque rouge portant en lettre blanche le nom « Métropolitain ».  Dérivé du latin Métropolis « la ville-mère », l’appellation annonce le caractère exclusivement urbain du chemin de fer électrique.  La ligne 1 est inaugurée en 1900, dans l’urgence de l’Exposition Universelle. Souterrain, sa construction nécessite d’éventrer des rues, faisant de Paris un vaste chantier pendant plusieurs années.

Entrée de la station de métro Saint-Georges