Plaque de la rue de la Grande Truanderie en émail bleu et vert.

Histoire des noms des rues de Paris

Longtemps les parisiens n’ont pas eu d’adresse. Les premières plaques de rues apparaissent au 18ème siècle. Précieux repères géographiques, elles permettent aussi de conserver la mémoire collective. Les noms inscrits aujourd’hui en lettres blanches sur fond bleu rappellent une époque, une mode, évoquent des acteurs illustres de l’histoire nationale.

Des rues sans nom

Ancienne plaque en fer blanc dans le quartier du Marais.
Plaque en fer blanc

Jusqu’au 17ème siècle, les rues sont désignées de manière orale et aléatoire par les habitants. Les noms sont banals, et nombreuses sont les rues Haute, Droite, Pavée, de l’Église, de la Source… En l’absence de plan, il est difficile de trouver son chemin. A la fin du 16ème, le roi Henri IV prend conscience du problème. Mais il faut attendre 1728 pour que les Parisiens reçoivent l’ordre officiel d’apposer des plaques en fer dans leur rue, à leur frais. La mesure est peu suivie…

De la pierre à la tôle

Plaque de la rue Valette en métal bleu et ancien nom de rue gravé en dessous dans la pierre
Nom de rue gravé

Les premières plaques apparaissent au début du 18ème siècle. Elles sont en fer blanc, avant d’être remplacées par des noms gravés sur des plaques en pierre ou directement dans le mur. Les quartiers anciens tels le Marais ou Saint-Germain-Des-Près en gardent des témoignages. Au début du 19ème, la ville de Paris prend en charge les nominations. Les intitulés des rues sont alors peints sur les façades, mais les inscriptions ne résistent pas à la pluie. En 1823 les noms sont inscrits en lettres blanches sur du fer noir. Des plaques en lave de Volvic émaillées apparaissent en 1844. Très lisibles et légères, elles sont à l’origine de celles que les parisiens connaissent aujourd’hui.

Les plaques bleues

Plaque du boulevard du Montparnasse en métal bleu surmontée d'une plaque en mosaïque or
Plaques boulevard du Montparnasse

Les plaques de rue sont depuis près de deux siècles conçues sur le même modèle. Comme le métro, les fontaines Wallace ou les colonnes Morris, elles sont une particularité parisienne. En tôle émaillée avec un fond bleu et un liseré vert, elles sont surmontées d’un arc de cercle à l’intérieur duquel figure l’arrondissement. La police de caractère est toujours identique, la typographie est blanche. Le format est également standard, ce qui contraint à réduire la taille des lettres pour les noms trop longs. La fonction ou l’oeuvre des personnalités est fréquemment précisée. Certaines plaques se distinguent en adoptant le style de l’immeuble auquel elles sont adossées.

Rues, boulevards ou avenues…

Photo aérienne de l'avenue des Champs-Elysées
Avenue des Champs-Elysées

Le vocabulaire français a plusieurs mots pour qualifier une voie de circulation. Le plus courant est la rue. Les boulevards apparaissent sous Louis XIV et désignent les promenades arborées, aménagées à l’emplacement des anciens remparts. Le terme s’applique ensuite à de larges voies permettant une circulation fluide. Les avenues, selon l’étymologie « adevenire », mènent à un endroit précis; elles ont un caractère aristocratique, entourent les principales places de Paris, telles l’Étoile, le Trocadéro… Il y a encore les carrefours, les ronds-points, les quais, les squares. La villa est une spécificité parisienne qui désigne une voie privée. La cité est un ensemble immobilier. Le mot « cul-de-sac » est remplacé au 18ème par Impasse, plus élégant.

Des doublons

Plaque émaillée bleue de la rue Traversière
Plaque de la rue Traversière

En 1860, Paris annexe les communes alentours, telles Belleville, Auteuil, Passy…L’inventaire de l’ensemble des voies de la capitale agrandie fait apparaître de nombreux doublons, sources de confusion. Il y a plusieurs rues des Petits-Champs, de la Poterie, Traversière etc… Mille cinq cent noms doivent être changés. Quatre-vingt pour cent des nouvelles plaques rendent hommage à des personnalités. Des règles sont établies afin d’adapter leur importance à la largeur ou la longueur de la voie.

Polémique à la Révolution

Rue Saint-Sulpice avec l'Église à l'arrière-plan.
Rue Saint-Sulpice

Avant la Révolution, les rues portent fréquemment le nom d’une église à laquelle elle mène. Les exemples sont encore nombreux, telles les rues Saint-Sulpice, Saint-Jacques, Saint-Denis. Les sites les plus prestigieux, les places Dauphine, Royale (actuelle des Vosges), Christine, Louis XV (actuelle Concorde), rendent hommage à la famille royale. En 1789 toutes les références au christianisme ou à la monarchie sont condamnées. Les plaques sont sommairement martelées. Les rues Saint-Honoré ou Saint-Roch deviennent simplement Honoré et Roch. La rue de Richelieu est renommée la rue de la Loi. Le changement est de courte durée, les noms anciens reviennent progressivement dès la fin du 18ème siècle.

Des plaques fantômes

Plaque de la Place de la Concorde, surmontée d'une ancienne plaque en pierre portant l'inscription Louis XVI.
Ancienne plaque Louis XVI

La plupart des voies parisiennes ont eu plusieurs noms successifs. Les anciennes plaques sont fréquentes dans les quartiers du centre. A l’angle de la Place de la Concorde et de la rue Boissy-d’Anglas, une pierre gravée porte l’inscription à peine déchiffrable de « Place Louis XVI ». C’est le nom que la monarchie restaurée donne en 1826 au site où fut décapité le roi. La place s’appellait Louis XV au moment de sa création, puis « place « de la Révolution » en 1792. En 1795 elle devient « Concorde » dans un esprit de réconciliation. La Restauration la renomme place Louis XVI, comme en témoigne la plaque en pierre. Le nom de Concorde est définitivement adopté en 1830.

Une histoire racontée

Plaque de l'avenue d'Iena avec la mention "victoire de Napoléon en 1806"
Victoire de Napoléon

Les noms de voies sont donnés par le pouvoir en place et servent sa politique. Napoléon 1er met en avant ses victoires militaires. Austerlitz, Iéna, Lübeck, Pyramides…font toujours partie du vocabulaire parisien. Les dates historiques sont moins fréquentes. La rue du Quatre-Septembre en souvenir de l’élection du Président de la République en 1848, ou la Place du 18 juin 40 pour l’appel du Général De Gaulle sont parmi les plus connues. Après la Première Guerre mondiale, le conseil de Paris honore les héros militaires. L’avenue du Bois devient Foch. En 1945, des noms de résistants apparaissent, telle l’avenue du Général Leclerc.

D’illustres absents

Rue Royale à Paris 8è avec illumination de Noël.
Noël rue Royale

Aujourd’hui les plaques portent les noms des grands acteurs de l’histoire nationale, à l’exception des rois de France. La rue Royale, la rue Dauphine ou la rue Madame, sont des références à la monarchie mais ne désignent pas de personnes précises. Clovis est honoré par une petite rue. Le plus chanceux est Henri IV avec un quai et un boulevard. Louis-Philippe a un pont. Mais l’ancienne place Louis XV s’appelle la place de la Concorde. La rue Napoléon devient en 1814 la rue de la Paix, et seule la rue Bonaparte rend hommage à l’empereur.

Honneur aux habitants

Angle de la rue Pierre au lard et de la rue Saint-Merri
Rue Pierre au lard

Dès le Moyen Âge les rues prennent le nom de certains de leurs habitants fortunés dont les imposantes demeures servent de point de repère. La rue de Sévigné ou la rue du Roi de Sicile évoquent la mémoire de ces illustres résidents. D’autres voies sont baptisées en fonction d’habitants moins prestigieux, comme les Maubert (Place Maubert), les Bourdon (rue des Bourdonnais), ou Pierre au Lard (rue Pierre au Lard). La présence de congrégations religieuses est aussi attestée, comme en témoignent les rues des Carmes, des Bernardins ou des Blancs-Manteaux.

Les métiers

Plaque du quai des Orfèvres avec façade en brique rose à l'arrière-plan.
Quai des Orfèvres

La présence d’un métier est dès le Moyen-Âge un moyen fréquemment utilisé pour désigner une voie. La plupart de ces appellations ont disparu, subsistent les rues de la Corderie, de la Bucherie, de la Verrerie, le Quai des Orfèvres…Des rues témoignent aussi de présences inquiétantes. Celles des Mauvais-Garçons ou de la Grande Truanderie existent toujours, mais les rue Trace-Putain et Gratecon ont disparu. La rue Pute-y-muse est devenue la rue du Petit-Musc, la rue Poil-au-con se nomme désormais Pélican.

Les enseignes

Salle des enseignes au Musée Carnavalet, Paris.
Musée Carnavalet

Elles apparaissent dans le paysage de Paris dès le Moyen-Âge et se développent à la Renaissance. Elles servent à attirer l’attention du passant sur une boutique, mais sont aussi un excellent moyen de se repérer. Les rues de la Harpe, de l’Épée de bois, du Chat-qui-pêche, en témoignent. La rue du Cherche-midi doit son nom à un cadran solaire qui se devine toujours sur une façade.

La géographie

plaque émaillée bleue de la rue de Sèvres, Paris 6
Rue de Sèvres

Certaines voies portent les noms des communes proches de Paris auxquelles elles mènent. Les rue de Vaugirard, Grenelle, ou Sèvres, étaient autrefois de simples chemins. Au 19ème, des noms de villes ou de régions sont donnés à proximité des gares qui en permettent l’accès, comme la rue du Havre proche de la gare Saint-Lazare, l’avenue du Maine près de Montparnasse.

Les thèmes

avenue Van Dyck près du Parc Monceau, Paris 8
Avenue Van Dyck

Le lotissement d’un nouveau quartier est l’occasion d’une nomination thématique. Les avenues aux abords du Parc Monceau s’appellent Ruisdael, Rembrandt, Van Dyck, Murillo ou Velasquez, des peintres hollandais et espagnols du 17ème alors en vogue. Les rues d’Amsterdam, d’Athènes, de Milan ou de Bucarest naissent avec le quartier dit de l’Europe. Autour de la BNF, les noms d’écrivains du 20ème, tels François Mauriac ou Raymond Aron, sont à l’honneur. Les rues Corneille et Racine sont proches du théâtre de l’Odéon. Les avenues du quartier de l’École militaire portent des noms de généraux.

Des habitudes tenaces

Inauguration du Quai Jacques Chirac par la maire de Paris.
Inauguration du Quai Jacques Chirac

Les plaques permettent d’officialiser les noms des rues. Mais la mémoire collective conserve les appellations d’usage. La Place Charles de Gaulle demeure dans le langage parisien celle de l’Étoile et le Quai Jacques Chirac reste le Quai Branly. Il est fréquent que des phrases telles que « la rue qui monte après le café » ou »l’avenue qui part à gauche du kiosque » servent à désigner une voie et à pallier l’ignorance de son nom officiel. Les nouveaux venus dans la capitale, aidés par les applications numériques de guidage, contribuent cependant à l’adoption des nouveaux noms.

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