Sculpture de Niki de Saint Phalle, détail, Fontaine Stravinsky, Paris 4èm.

L’eau à Paris

Il y a plus de 2000 ans, la petite tribu des parisi s’établit sur la rive droite d’un immense fleuve, face à l’actuelle île de la Cité. La Seine procure de l’eau en abondance. Elle est un axe de circulation favorable au commerce, et assure une certaine sécurité à la population.

Quand Paris était Lutèce

Les romains fondent leur ville sur la rive gauche et l’île de la Cité. Ils préfèrent l’eau des sources à celle de la Seine et doivent la capter dans les environs. Ils construisent un aqueduc dit d’Arcueil. L’eau obtenue est abondante et saine. Après leur départ, cette construction est abandonnée puis détruite.

Dessin d'une vue panoramique de l'aqueduc romain
Aqueduc romain

Fleuves, puits et fontaines

Il existe trois manières d’avoir de l’eau à Paris. Elle peut être puisée directement dans la Seine. Elle se trouve également dans les nappes phréatiques en profondeur dans le sol, accessibles par des puits. Elle est aussi captée sur les hauteurs, dans les rivières; elle est alors acheminée par un aqueduc vers les fontaines. Utilisées alternativement ou en même temps selon les époques et les progrès techniques ces trois solutions ont permis la survie de la population parisienne.

Peinture de Jongkind représentation les berges de la Seine près du Pont Neuf en 1850
Berges de la Seine

Les aqueducs des moines au 12ème siècle

Après le départ des romains et l’abandon de leurs installations, la seule source d’approvisionnement en eau des parisiens est la Seine. Les égouts s’y déversent, elle est très polluée. Des communautés de moines décident la construction d’un aqueduc, à l’imitation des romains. L’eau est captée des hauteurs de Belleville et de Ménilmontant et alimente les fontaines des religieux.

Enluminure représentant trois moines assis à leur pupitre et penchés sur leur manuscrit, sous des arcades
Moines au travail

Les premières fontaines publiques

L’État fait mainmise sur les aqueducs des moines. La gestion de l’eau est désormais confiée au tout puissant prévôt des marchands. Les premières fontaines publiques apparaissent au 13ème siècle. La plus ancienne connue est la fontaine Maubuée. Encore visible, elle est déplacée et remaniée au 18ème siècle. La ville compte dix-sept fontaines, toutes sur la rive droite, à la fin du 15ème siècle.

Fontaine de Maubuée à l'angle de la rue de Venise Paris 4ème
Fontaine Maubuée

L’eau de la reine

En 1625 la reine Marie de Médicis aménage pour son palais du Luxembourg un somptueux jardin à l’italienne avec des jeux d’eau spectaculaires. Les besoins sont importants. Ses ingénieurs retrouvent les eaux captées par les romains. Ils construisent un nouvel aqueduc reprenant l’ancien tracé romain. Les pouvoirs publics soutiennent et participent à l’entreprise afin qu’elle bénéficie aux habitants de la rive gauche qui ont enfin leurs premières fontaines.

Photo d'une portion de l'aqueduc Médicis à Arcueil
Aqueduc de Médicis

La pompe de la Samaritaine

Au début du 17ème siècle, la situation s’est dégradée. Le roi Henri IV entreprend de grands travaux. Il restaure les fontaines qui, engorgées de vase et de calcaire, sont inutilisables. Il réactive d’anciens aqueducs. Estimant que seule l’eau de la Seine peut subvenir efficacement aux besoins des parisiens, il met en oeuvre un projet novateur. Une machine sur pilotis est installée à la hauteur du Pont Neuf. Elle actionne quatre pompes immergées qui aspirent l’eau et la refoulent dans un réservoir. Elle doit son nom au thème du bas-relief qui la décore, le récit évangélique de la Samaritaine. La pompe fonctionne jusqu’au début du 19ème siècle.

Peinture de Nicolas Raguenet représentant la pompe de la Samaritaine vue du Pont-Neuf, Paris
Pompe de la Samaritaine et Pont Neuf

La compagnie des eaux de Paris

Au 18ème siècle, la ville connait une expansion importante. Les anciens faubourgs sont intégrés et deviennent les quartiers en vogue. Les frères Perier, banquiers, créent en 1777 la compagnie des eaux de Paris. L’objectif est de renforcer les captations, purifier l’eau par traitement chimique et généraliser la distribution.

Portrait dessiné en buste de trois-quart de Casimir Perier
Casimir Perier

La solution des canaux

Ils permettent de dévier l’eau des rivières vers Paris. Napoléon lance la construction du canal de l’Ourcq. Mis en service en 1825, il permet une augmentation spectaculaire de la production. Par ailleurs, des fontaines avec de l’eau jaillissante voient le jour. Elles sont exclusivement décoratives.

Canal de l'Ourcq traversant une zone champêtre à l'éxtérieur de Paris et bordé d'un sentier de promenade.
Canal de l’Ourcq

La menace du choléra

Les épidémies sont liées à de mauvaises conditions sanitaires. Celle de 1832 est dévastatrice. Elle provoque une prise de conscience hygiénique. L’eau provenant de la Seine et de l’Ourcq est très polluée. Les progrès de la géologie permettent une meilleure exploitation du sous-sol. Arago, physicien, propose de puiser plus profondément dans le sol. Les puits à manivelles sont insuffisants. Il met au point un système de forage pour atteindre des nappes phréatiques à plus de 500 mètres de la surface.

Caricature de Grandville montrant des ministres atteints du choléra
Ministres atteint du choléra

La solution du Baron Haussmann

Le célèbre préfet responsable de la modernisation de Paris fait de l’eau une priorité. Elle est indispensable au développement de la ville. Il souhaite établir un système de captation des sources souterraines. Certaines se situent à plus de 100km de Paris, en direction de Sens, Fontainebleau, Provins ou Dreux. Il confie le projet à l’ingénieur Belgrand. L’eau est acheminée par des aqueducs, puis stockée dans des réservoirs bâtis à l’entrée de la capitale. Le principe est toujours en vigueur aujourd’hui.

Reservoirs de Montsouris en fer et verre avec soubassement en pierre Paris 14ème
Réservoirs de Montsouris

Les fontaines de l’Albien

Les progrès techniques permettent des forages de plus en plus profonds. En 1855 une nappe d’eau immense située sous la capitale, l’Albien, est atteinte par un puit artésien. Elle est à 600m sous terre. Elle approvisionne trois fontaines. Situées dans le 16ème (square Lamartine), le 18ème (square de la Madone) et le 13ème (Butte-aux-Cailles), elles attirent les parisiens en quête d’eau de source naturelle.

Fontaine ave quatre robinets en métal poli et panneau de plexiglass avec texte. Place Paul Verlaine Paris 13ème
Fontaine Place Paul Verlaine

Richard Wallace le philanthrope

Cet anglais fortuné est à Paris en 1870, au lendemain de la guerre. Il a vu les parisiens souffrir du manque d’eau potable. Il fait don à la ville de cinquante fontaines à boire. Elles sont installées sur les lieux de passages des travailleurs et les lieux de fêtes. Outre la volonté de mettre fin à la pénurie, il y a une l’arrière pensée moralisatrice d’inciter à la sobriété. Le modèle est en fonte de fer, un matériau résistant et permettant la reproduction en nombre. Leur couleur verte évoque la nature. Quatre cariatides se tournent le dos. Elles portent un dôme couvert d’écailles et orné de dauphins. L’eau coule au centre. A l’origine des gobelets en étain étaient retenus par une chainette. Ils sont supprimés en 1952 pour des raisons d’hygiène. Ces fontaines font aujourd’hui partie du patrimoine.

Fontaine Wallace dans une avenue arborée de Paris
Fontaine Wallace

L’eau courante

Elle reste longtemps celle des fontaines, dont le nombre augmente au 19ème siècle. Les progrès techniques permettent leur bonne alimentation. Elles offrent aux parisiens de l’eau à volonté. L’eau courante à domicile est progressivement installée. En 1884 deux tiers des habitations de Paris sont raccordées. Les fontaines devenues inutiles seront souvent détruites. De très beaux spécimens demeurent heureusement et contribuent à la beauté de la capitale.

Publicité ancienne pour une marque de lavabos montrant un couple dans une salle de bain.
Publicité pour lavabos

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