L’artiste flamand Wim Delvoye convoque la science, les cultures anciennes et les techniques traditionnelles, pour donner naissances à des oeuvres déroutantes. A la manière des surréalistes, il surprend le spectateur par l’association incongrüe d’univers très éloignés les uns des autres. Cloaca « sa machine à caca » et ses cochons tatoués font scandale. A Paris, il investit le Musée Rodin en 2010, puis le Louvre en 2012, et réalise une sculpture monumentale en 2017.
La tour au Musée Rodin
Elle accueille les visiteurs de l’exposition Delvoye. Haute de plus de 10m, elle dialogue avec la Tour Eiffel et le dôme des Invalides, visibles depuis la cour, et fait écho aux sapins taillés du jardin. Véritable dentelle de métal, elle renvoie aux flèches des cathédrales gothiques. Le matériau utilisé, un acier inoxydable appelé corten, est découpé au laser. Érigées par des sociétés en expansion, les tours symbolisent pour l’artiste l’optimisme.

Helix et l’Adn
A distance, le regard perçoit une hélice, mais une vue rapprochée dévoile une succession de christs en croix. Wim Delvoye donne son interprétation de l’iconographie chrétienne. La distorsion du corps renforce l’idée de souffrance. La question de l’origine de l’humanité est posée par la forme hélicoïdale, référence à la structure d’une molécule d’ADN. Un christ d’Auguste Rodin est présent dans la salle, le corps déformé par la douleur.

Gate et Monsieur Propre
Installée dans une salle du Musée Rodin, l’oeuvre fait écho à la porte de l’Enfer qui s’élève dans le jardin. Elle est une réduction de celle qui marque l’entrée de l’atelier de Wim Delvoye à Gand, en Belgique. Le titre, comme la forme, renvoie à une monumentalité, un portail de cathédrale ou de château. Mais à nouveau, la surprise attend le visiteur. Le buste de bodybuilder de Monsieur Propre, emblème d’une marque de lessive, est l’un des principaux éléments du décor. D’autres logos publicitaires, la Warner et Coca-cola, l’accompagnent. L’artiste convoque selon son habitude la dérision et l’humour.

Gandagas explosif
Une bonbonne de gaz de cuisine est disposée au milieu des oeuvres de Rodin, dans une salle du musée. Sur un fond émaillé noir se détachent des guerriers et des chevaux peints en rouges, couleur de l’argile. Ce décor emprunté aux vases de l’antiquité grecque détourne l’objet utilitaire et le rend méconnaissable. Le choc nait de l’association d’un élément du quotidien et d’une iconographie millénaire, du périssable et de l’intemporel. Le gaz renvoie à l’idée de la charge explosive de l’art contemporain.

La fabrication
Delvoye refuse l’art éphémère que pratiquent beaucoup de ses contemporains. Ses oeuvres exigent un savoir-faire, elles naissent d’un long processus de création et sont pérennes. Chacun de ses projets, de la conception à la réalisation, demande deux à quatre ans. Il est entouré d’une dizaine d’assistants, qui exécutent ses instructions. Son principal atelier est à Gand, et il en a un à Pékin.

Le Louvre
En 2012 Wim Delvoye est invité à investir différents espaces du Musée. Il choisit d’installer ses oeuvres dans les appartements Napoléon III, les salles d’objets d’art gothiques, sous la pyramide, ainsi que dans le jardin des Tuileries. La cohabitation de l’ancien et du contemporain, souvent provocatrice, amène le visiteur à renouveler son regard sur les collections.

Suppo sous la pyramide
Wim Delvoye veut frapper l’attention des visiteurs dès leur arrivée au Louvre en investissant la pyramide. Il propose d’abord une structure haute comme la Tour Eiffel. Sa réalisation aurait durée dix ans, le projet est refusé. Il conçoit alors une immense flèche en acier de 12m, découpée au laser, qui fait référence au style gothique. Elle contraste par sa complexité et son foisonnement ornemental avec la pyramide épurée. Il la baptise, par provocation, Suppo car « la pyramide est comme un cul… ». Propriété de l’artiste, elle est désormais dans son atelier de Gand.

Cochons tatoués
Wim Delvoye a fait scandale en tatouant des cochons vivants. Après sa mort, l’animal est empaillé, à moins que la peau ne soit récupérée et encadrée. Il est contraint de mettre un terme à cette pratique jugée contraire au bien-être animal. Les cochons exposés dans le grand salon Napoléon III du Louvre sont en fibre de verre recouverts de motifs de tapis persans. L’association d’un élément de la culture islamique et du cochon est provocatrice.

Tim le tatoué
Un homme prénommé Tim pose plusieurs jours dans un salon du Louvre. Assis, il exhibe son dos orné d’un tatouage réalisé par Wim Delvoye. La parcelle de peau sera restituée au collectionneur qui s’en est porté acquéreur, au décès de Tim. L’artiste met en cause le commerce de l’art, avec l’idée que la mort acte la naissance d’une oeuvre. Peut-être s’est-il inspiré d’un film de 1968 , le tatoué, avec Jean Gabin et Louis de Funès.

Le camion gothique
Quatre pneus sculptés avec une extrême finesse sont exposés sur une table Napoléon III du Musée du Louvre. L’oeuvre témoigne du gout de Wim Delvoye pour l’ornementation gothique. Mais aussi de son talent à convoquer dans une même oeuvre des univers totalement opposés. Le trivial d’un objet industriel en caoutchouc fait l’objet d’un décor de motifs ajourés et raffinés, association totalement incongrue.

Le procédé du twisted
Le twisted est un principe récurant chez Delvoye. Il part d’une sculpture classique et la métamorphose à l’aide d’un programme informatique. Il insuffle par ce procédé un mouvement à l’oeuvre, qui ondule et se tord. L’original demeure reconnaissable, mais un nouvel élan lui est donné, elle n’a plus de face privilégiée, et le visiteur doit changer sa manière de regarder.

Arago disparu
Né en 1786, Arago est l’un des principaux artisans des progrès de la Science du 19ème siècle. Physicien et astronome, ses découvertes sont nombreuses. Admis avec une dispense à à l’Académie à 23 ans, il dirige pendant plusieurs années l’Observatoire de Paris. Attentif à la diffusion du Savoir, il encourage les jeunes chercheurs. Il meurt en 1853, presque aveugle. Une première statue lui est érigée en 1893, quarante ans. après sa mort. Elle est retirée de son socle et fondue par les Allemands en 1942 pour servir à la fabrication de canons.

Le concours
La statue d’Arago disparue, le socle demeure, vide, avec sa plaque commémorative. En 2017, l’Observatoire de Paris et l’Académie des sciences décident de lui rendre à nouveau l’hommage qu’il mérite. Un concours est lancé. Dix-huit artistes répondent à l’appel en proposant des esquisses. Le jury, présidé par un ancien président du Centre Pompidou, Alain Seban, retient quatre projets. Les finalistes doivent soumettre une maquette. Delvoye est retenu, avec un bronze de deux mètres cinquante, placé à quelques mètres du socle initial. Arago n’est plus reconnaissable et semble traversé par une énergie, selon le procédé du Twist cher à l’artiste.

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